• UNIVERSITE DES LETTRES ET ET SCIENCES HUMAINES

    AIX-MARSEILLE I

     

    MEMOIRE

    pour l'obtention du diplôme de Master II de sociologie

     

     

    par Simon LEFRANC

     

    "L'opérateur de production sur ligne de médicaments : de la réalisation des préparations en arrière-salle d'officine à la production de médicaments depuis des plates-formes industrielles interchangeables"

     

     

     

     

     

     

     

    Mémoire réalisé sous la direction de

    Pierre Fournier

     

    Aix-en-Provence

    Année 2008-2009

     

     

    Remerciements

     

    Dans un premier temps je tiens à remercier Pierre Fournier pour son rôle de conseil, son implication dans mes projets de recherche et notamment dans le cadre de l'année de Licence 3 et par la suite dans la réalisation du mémoire de Master 1. C'est tout naturellement que je lui ai demandé d'être mon directeur pour ce mémoire de Master 2.

     

    J'adresse également mes remerciements aux salariés des usines ou des agences d'intérim qui ont bien voulu me fournir des renseignements, se prêter à des séquence d'entretiens.

     

    Enfin, je remercie mes professeurs de Master et mes collègues de travail et de Master, en particulier Elsa Forner-Ordioni, Mathieu Flinois et Sylvain Cavard, pour leur soutien, leur apport et leurs encouragements tout au long de l'année.

     

    Introduction

     

    Du champ de référence à l'objet de recherche : un parcours

     

    Le champ de la santé dans sa forme actuelle offre de nombreuses possibilités en matière de recherche notamment sociologique. En effet, d'une part la complexité des mécanismes, des différentes représentations en usage dans le champ de la santé suscite un questionnement et d'une autre part, la carence de travaux menés selon des bases, des termes relevant des Sciences sociales stimule, aiguise notre curiosité sociologique. Ce manque d'informations, de ressources n'est toutefois pas univoque entre les différentes voies d'analyses ou de descriptions disponibles.

     

    En effet, de nombreuses sources proposent du contenu ayant trait à la santé et à ses métiers. Bien souvent ces sources sont alimentées par les acteurs eux-mêmes. Ces derniers, la plupart du temps reconnus, voir consacrés comme des professionnels, ont tendance à choisir des termes nobles pour construire leurs discours et à rendre ces derniers disponibles par le biais de publications professionnelles. Cet effort vise plus à maîtriser, à construire l'étiquette d'une activité par et pour les professionnels qu'à informer le public.

     

    Dès lors, pour entreprendre une recherche relevant d'une étude sur le champ de la santé, il nous incombe de dresser un état des lieux du savoir constitué puis de tenter des classements afin d'isoler en groupes les différentes publications. Ainsi nous pouvons démêler le corpus et celui-ci observé sous la forme de segments, révèle les différents acteurs ou groupes d'acteurs comme autant d'auteurs à l'origine des multiples publications.

     

     

    Cet exercice peut s'apparenter à une première prise de contact ayant pour fonction d'évaluer la pertinence de notre objet de recherche par rapport à son champ de référence. Il s'agit d'autre part de mener une étude en lien avec une entreprise de recherche déjà amorcée. A cet effet, notre travail s'inscrit comme une suite, un prolongement de l'année universitaire précédente durant laquelle notre intérêt était centré sur l'activité de répartition des médicaments.

     

    Nous avions isolé, puis positionné cette activité en l'articulant avec les différents systèmes normatifs inhérents à ce type de structure. L'un des buts poursuivi était alors de mieux connaître le parcours des médicaments et de produire du savoir sur un aspect peu observé de la chaîne de vie des produits issus des usines de l'industrie pharmaceutique.

     

    Dans cet élan, il semble logique de compléter nos travaux d'étude en retenant à l'occasion de cette recherche un objet proche et connexe de la thématique précédemment traitée. Notre questionnement porte à présent sur l'étape de la fabrication industrielle des médicaments, sur la main d'oeuvre mobilisée pour fabriquer depuis un ensemble de poudres, de liquides un médicament au moyen de complexes machines agencées en chaîne de production.

     

    Cette organisation de travail permet, à notre sens, de donner du relief et d'induire une cohésion d'ensemble à notre investissement universitaire. Pour y parvenir nous prenons garde de sélectionner comme objet pour nos différentes recherches des objets sociologiques liés les uns par rapport aux autres. La définition de correspondance entre plusieurs objets de recherche doit toutefois être réalisée avec prudence. Dans ce sens, il s'agit d'éviter de poser des articulations qui paraîtraient logiques ou d'une visibilité immédiate.

     

    A partir de cette organisation de travail, nous questionnons notre champ de référence et les résultats déjà obtenus afin de construire notre nouvel objet de recherche. Nos investigations à propos de l'activité de distribution de médicaments nous ont permis de mettre en relief l'abondance des règles et normes incluses dans le secteur de référence mais également l'instabilité des entreprises distributrices de médicaments en terme d'identité ou de positionnement géographique. Nous avions, au cours de cette enquête, basé notre approche sur l'action des travailleurs qui effectuent le "sale boulot", sur ces hommes qui préparent des colis de médicaments au sein d'entrepôts soumis à un ensemble de dispositifs de contrôle. En somme, l'enquête portait sur l'étude d'une catégorie d'ouvriers rigoureusement encadrés.

     

    En quoi les tâches des manoeuvres oeuvrant à la fabrication de médicaments sont-elles différentes d'autres effectuées dans des environnements de travail différents ? En quoi le secteur de l'agroalimentaire se distingue-t-il de celui de la production de médicaments ? Comment les acteurs distribuent-ils ou s'approprient-ils respectivement les attributs d'une profession ou d'un secteur d'activité ?

     

    Ce type de questionnement renvois à pratiquer un examen du statuts des différents acteurs mais également à considérer avec attention les représentation de ces derniers à observer les jeux d'intérêts compris dans les relations établies entre employeurs et employés. Le secteur de l'industrie pharmaceutique requiert l'adoption de protocoles particuliers définis selon des normes spécifiques au moyen de supports tels que les normes produites par l'organisation ISO.[1]Le Code de la santé publique fournit un premier cadre légal complété par une somme d'initiatives privées. Dans le cadre de la production industrielle de médicaments par exemple, l'expression "processus de transformation" est strictement codifiée par le texte de la norme ISO 2009 selon cette définition : "toute activité qui reçoit des éléments d'entrée et les transforme en éléments de sortie peut être considérée comme un processus[2]". De même, la norme ISO 13485 formalise ainsi le profil requis pour les hommes ayant en charge la fabrication de médicaments : "le personnel effectuant un travail ayant une incidence sur la qualité du produit doit être compétent sur la base de la formation initiale et professionnelle, du savoir-faire et de l'expérience".

     

    Le niveau des normes admises formellement comme des règles est très important dans le champ de l'industrie et plus spécifiquement lorsque les produits fabriqués sont destinés à être consommés au sens littéral du terme. La différence entre les multiples modes de consommation, entre les aliments et les médicaments, entre une lotion solaire ou un pansement est prise en compte par des niveaux de règlement particulier, spécifiques à l'exercice de certaines tâches ou à certaines applications industrielles. Les différents niveaux de normes peuvent être objectivés comme autant de dispositifs structurants mis en place et visant à assurer un contrôle des activités industrielles et celà depuis le cadre le plus général jusqu'au cadre le plus particulier.

     

    Ainsi la plupart des actions, des relations en vigueur au sein des établissements amenés à manipuler des médicaments sont étroitement encadrées par un jeu de normes tout spécialement adapté. A partir de cette singularité nous recherchons les liens entre degré d'intensité des systèmes normatifs et définition des différents postes de travail. Il s'agit, dans le cas de l'industrie pharmaceutique, de travailler sur la notion de risque par rapport à une activité particulière. Comment la prise de responsabilité inhérente à la fabrication de remèdes est-elle recompensée ?

     

     

    Si au 19ème siècle les maux étaient guérit au moyen de préparations fabriquées en arrière-salle d'officine par des mains expertes[3], de nos jours les substances aux vertus thérapeutiques sont assemblées en série par le biais des opérateurs de production. Ce transfert de compétence en perpetuel évolution marque de la complexité de fixer une tâche ou un ensemble de tâches à un secteur d'activité spécifique. Il s'agit par l'étude du profil d'opérateur de production en usine de médicaments de comprendre une partie des mécanismes provoquant la mise en marchés des pratiques professionnelles.

     

    Dans le même temps, nous pouvons mesurer et prendre en compte les dispositifs imaginés par les groupes membres de l'industrie pharmaceutique dans le but de réaliser une synthèse entre les impératifs de maîtrise des coûts en terme de main d'oeuvre, et les impératifs en terme de lutte contre les risques. Ce deuxième volet est le plus souvent représenté au sein des entreprises sous le terme générique de qualité.

     

    Les hommes de l'industrie pharmaceutique comme facteur de qualité

     

    Dans le cadre de l'étude de la chaîne de vie des médicaments, nous mettons à présent l'accent sur la suite de tâches constituant la phase de fabrication, la phase d'assemblage finale des produits pharmaceutiques. Il s'agit de comprendre comment au sein des sites de production de médicaments, des jeux de relations entre ressource humaine et idéal de qualité permettent la délivrance de marchandises objectivables sous le terme légal de médicament. Par ailleurs, nous glanons parmi les habitudes des acteurs et par l'observation des parcours d'individu les usages relatifs à la prise en compte, à la reconnaissance de la main d'oeuvre engagée au niveau de la production au sein des usines d'assemblage de médicaments. L'une des trames de notre enquête est la question des conséquences du passage de la fabrication artisanale des spécialités dans les officines du siècle dernier à la production industrielle de nos médicaments en usine.

     

    La question des modes et des termes de gestion du personnel au sein des sites de production de médicaments apparaît comme intéressante. En effet à première vue, le sens commun prête à construire une représentation très clinique des lieux où sont assemblés les médicaments consommés par tous. Or, les tâches nécessaires à la fabrication des produits sont essentiellement accomplies au sein de sites et par des opérations relevant du milieu industriel.

     

    De même, le cliché historique de l'atelier en arrière-salle d'officine où sont réalisés des préparations magistrales correspond à une vision romantique du médicament, un produit devenu quasi-exclusivement industriel à partir de 1900[4]. Si l'étape amont de la production en série, celle de la création de formules aux destins thérapeutiques renvoie à un univers scientifique ou à un référentiel d'ordre médical, quand est-il de l'étape suivante, celle de la production industrielle de substances médicamenteuses en usine ?

     

    Comment les hommes et les femmes assurant le fonctionnement des processus d'assemblage des différents composants des remèdes sont-ils sélectionnés ? Sur quelles bases la délégation de confiance nécessaire et à destination des employés ayant en partie pour charge notre médecine est-elle consentie ? Par quel mécanisme de contrôle ou de gratification les industries pharmaceutiques parviennent-elles à réduire au minimum, au moins en apparence, les risques liés à la distribution de médicaments ?

     

    A notre sens, le facteur humain joue un rôle prépondérant dans la mesure où ce dernier offre des possibilités de manoeuvre interne pour les entreprises dans un secteur où les environnements politique, légal, économique, technologique ou encore environnemental agissent comme des structures contraignantes.

     

    Pour apporter un éclairage sur l'interaction entre qualité de la production et qualité de la main d'oeuvre nous décortiquons la composition du personnel opérant au sein des sites de production de médicaments. Nous portons notre intérêt sur les individus affectés à la production, sur les agents opérant directement à la fabrication en masse de produits destinés à des soins médicaux.

     

    Si " la division médicale du travail est connue pour la rigidité de sa hiérarchie. La place dans celle-ci est en relation avec le degré d'impureté des fonctions remplies". Paradoxalement Hugues constate "qu'une définition rigide des rôles et des grades est de règle dans ce système[5]". Quand est-il dans ces conditions du grade, de la place accordée aux travailleurs postés sur les chaînes de production pour le compte de grands groupes opérant dans le secteur de l'industrie pharmaceutique ?

     

    Cette idée de cibler le temps de l'assemblage des médicaments comme un objet d'étude s'inscrit dans notre volonté de questionner l'influence des normes en vigueur dans l'industrie pharmaceutique exercée notamment sur les travailleurs de ce secteur. Par extension, nous mettons en parallèle le produit médicament et les normes particulières inhérentes à sa fabrication.

     

    Pour rendre au mieux de l'objet sélectionné et positionner au mieux notre recherche, nous retenons l'homme comme notre unité épistémologique principale. En effet, nous concentrons nos investigations sur les parcours, les représentations des individus pour mieux mettre à jour les distinctions entre les représentations institutionnalisées des formations, du travail opérationnel dans ce secteur et les matériaux récoltés au cours de l'enquête.

     

    Sans renoncer à aborder les thématiques relatives aux différentes agences, règles et représentants des autorités ayant en gestion la sécurité sanitaire en lien avec les médicaments, nous nous intéressons ici aux profils de ceux qui le plus souvent, désignés sous le libellé "opérateur de production", assurent par leur travail quotidien la fourniture de substances soumises à des enjeux de la plus hautes importances La maîtrise, le contrôle de la production industrielle de médicaments représente en effet dans les sociétés modernes un pouvoir de premier plan.

     

    En ce sens, le secteur d'activité exploré est très étroitement encadré. Les états pour s'assurer de conditions sanitaires satisfaisantes doivent pouvoir compter sur des fournisseurs de médicaments ou de produits de soins réguliers et sûres. L'exemple récent de la grippe A H1-N1 caractérise les tensions et les responsabilités, subies ou offertes selon les situations, aux groupes proposant de fournir une forme de vaccin[6]. Cette situation prélevée dans l'actualité illustre l'inter-dépendance existante entre les structures étatiques ayant pour charge d'organiser légalement, socialement la distribution de médicaments et les acteurs et groupes d'acteurs intervenant dans la production de ces mêmes médicaments.

     

    Le travail en trois temps : la formation, le recrutement et l'exercice

     

    Dans un premier temps nous ferons une lecture des voies de formations possibles pour accéder à la position d'opérateur de production. Depuis ce panorama, il s'agit de comprendre l'origine de cette main d'oeuvre et le degré de formalisation du savoir détenu par celle-ci. Ce focus sur l'offre de formation disponible livre un instantanée de ce que peut signifier de nos jours la possession de licence pour l'exercice de tâches spécifiques et donne à voire de la traduction des titres et diplômes en un métier lui-même intégré dans une profession.

     

    Dans un second temps nous zoomerons sur le moment du recrutement qui intervient par principe en prolongement du temps de formation, d'apprentissage; même si ces deux temps peuvent parfois être confondus. Le temps de l'embauche peut correspondre au moment où l'individu se démarque des autres par l'adoption de "défense vis à vis du monde profane[7]". Ainsi définit le passage entre temps de formation et temps de travail implique pour le nouvel initié l'usage de codes spécifiques dont l'une des fonctions est de coller au plus juste aux attentes de l'employeur.

     

    Par le biais d'annonces d'offres d'emploi déployées sur différents supports, les groupes de l'industrie pharmaceutique recrutent leur main d'oeuvre. Si dans un premier temps, les outils utilisés pour le recrutement des opérateurs de production apparaissent comme relativement communs, nous pointerons dans un second temps l'existence de spécificités liées au segment de main d'oeuvre étudié.

     

    Depuis la diversité des appellations utilisées pour signifier d'une même tâche jusqu'au très large panel des licences signalées comme indispensables ou représentant de sérieux "plus" au niveau des différents supports de recrutement, il s'agit de reconstituer les grandes lignes désignant le parfait candidat. La construction de cet idéal-type permet d'envisager de façon concrète les divers modèles de recrutement utilisés par les groupes membres de l'industrie pharmaceutique.

     

     

    Le milieu de travail et son exercice à proprement parler est traité par la suite dans une troisième partie. Pour ce faire nous confrontons les parcours des individus rencontrés, les matériaux accumulés aux parcours historiques de plusieurs sites de production de médicaments. Cette méthode nous permet d'envisager le métier d'opérateur selon un point de vue particulier depuis lequel nous vérifions les conclusion de Sophie Chauveau selon lesquelles "en France et en Allemagne, l'industrie pharmaceutique est fille de l'officine, de la droguerie et de l'industrie chimique[8]". La taxinomie retenue pour présenter l'activité étudiée vise à proposer un axe de progression logique dans la délivrance du savoir. Le temps du travail nous semble intervenir comme un prolongement du temps de formation puis du temps de recrutement. Durant la phase de travail s'opère une traduction du savoir détenu, des qualités développées en conditions et consignes de travail.

     

    Depuis un environnement général, normalisé par des normes de l'organisation ISO, des règles légales intitulées "Bonnes pratiques de fabrication" ou encore des consignes de l'AFSSAPS, nous évoluons vers des cadres plus particuliers observés au sein d'unités de fabrication de médicaments. Notre questionnement porte alors sur les moyens, les outils utilisés pour formaliser les postes de travail. Le but pour les groupes de l'industrie pharmaceutique est de parvenir à élaborer des produits de haute qualité dans un contexte et dans des conditions qui demeurent industrielles.

     

    De la bibliographie comme indicateur d'un champ laissé en friche

     

    L'angle retenu pour mener notre recherche à la commodité d'offrir une multitude de possibilités pour la collecte de matériaux. Toutefois, l'usage des ressources, des moyens doit répondre à un certain ordre hiérarchique et être présenté rationnellement de façon à aboutir à un écrit qui ne se limite pas à proposer une masse hétérogène d'informations si pertinentes soient-elles.

     

    Pour éviter cet écueil, il importe d'envisager toutes les possibilités puis de classer ces dernières en fonction de critères eux-mêmes arrêtés par rapport aux possibilités offertes par dans les conditions et au moment de la recherche. Le passage d'une méthode à son application concrète apparaît très vite comme une première limite. En effet si il est relativement aisé d'imaginer des solutions pour explorer un objet, il est beaucoup plus difficile de les mettre en application. Cette sorte de barrière entre le chercheur et l'objet retenu participe à déformer celui-ci, à limiter les objectifs de résultat.

     

    La quantité de recherche sur le médicament en tant qu'objet sociologique n'est à l'heure actuelle pas très importante. Pour s'en convaincre nous constatons le peu d'ouvrages disponibles à ce sujet et rédigés par des sociologues. Ce panorama n'est toutefois pas désertique mais, selon François Vedelago[9]Sociologue spécialiste du champ de la santé, "est demeuré presque en l'état depuis la publication de l'ouvrage L'invasion pharmaceutique[10]par Jean-Pierre Dupuy et Serge Karsenty" en 1974. L'accent est alors mis par les deux sociologues sur les politiques menées en terme de recherche par les industriels du médicament qui selon les auteurs ne visent pas à proposer de réelles innovations. On peut également citer l'ouvrage plus récent de Philippe Urfalino : Le grand méchant loup pharmaceutique Angoisse ou vigilance ? [11]. qui met également en relief le processus de marchandisation des médicaments. D'autre part de nombreux articles en liens avec les médicaments et plus largement avec l'industrie pharmaceutique sont disponibles. On citera notamment la base de données CODECS[12]qui propose un total de 820 articles sur la thématique imposée de "l'évaluation économiques des actions de santé en France".

     

     

    Ce fond documentaire est piloté par l'INSERM en collaboration avec "les membres associés" qui ont en charge d'alimenter la base de données. L'INSERM[13]créée en 1964 met en oeuvres des "scientifiques qui travailllent à améliorer la santé humaine[14]" au moyen d'un réseau fort de 316 laboratoires implantés au sein des centres hospitaliers mais également par le développement plus récent de partenariats avec 300 organismes ou groupes privés actifs dans le secteur des médicaments. L'INSERM pose les liens manquant entre les différentes unités de recherche publique et définis pour partie les priorités en terme de choix des programmes scientifiques à développer. A partir des années 1990, l'INSERM va tisser des liens en marge du secteur public notamment avec les industriels du médicament. La base d'articles CODECS représente une manifestation symbolique de ce rapprochement historique.

     

    Si le nombre des publications dans CODECS est très important, ces dernières portent toutes sur les investissements potentiels ou réalisés des groupes de l'industrie pharmaceutique en terme de santé publique. Il s'agit plus d'un corpus visant à justifier le choix des politiques conduit par les groupes en terme de développement que d'une base de données constituées à propos de la santé. L'association entre l'INSERM et les plus grands producteurs de médicaments offre un exemple des liens établis entre l'état et les acteurs du secteur comme pour maintenir sur le secteur de la santé une influence puissante.

     

    Comme nous pouvons le constater, la faiblesse des parutions à propos du médicament n'est pas valable pour toutes les sortes de parutions. On peut relever pour illustrer notre propos, outre le fond de la base CODECS asservie aux industriels, l'importance du nombre d'ouvrages grand public consacrés aux médicaments[15]et le plus souvent rédigés par des individus assimilés au champ de la santé. Ce point d'attachement entre individus et champ d'appartenance est le plus souvent caractérisé notamment par la détention de titres - apparenté à l'exercice de la médecine ou aux sciences naturelles - par les auteurs d'ouvrages commis à propos du champ de la santé et plus spécialement du médicament.[16]

     

    Certains de ces ouvrages sont de véritablebest-seller et font même parfois l'objet d'une parution annuelle à la façon d'un annuaire. Ce type de parution est proposé sous des titres tels que "Guide du bon usage des médicaments" ou encore "Médicament pratique" et propose un état annuel de l'offre française en terme de médicaments. A côté de cette bibliographie tous public, rédigée au moyen de termes accessibles, débarrassée de toute profondeur scientifique coexiste une littérature plus spécialisée.

     

    Cette autre grande typologie d'ouvrages relève d'un usage professionnel. Traitant des médicaments, ces parutions par opposition au groupe d'ouvrages précédents, sont rédigées selon des termes extrêmement techniques qui nécessitent pour une compréhension minimum une parfaite connaissance du langage scientifique – admit comme professionnel pour décrire les processus de fabrication des médicaments et les interactions possibles entre ces derniers et le corps humain. Du reste, le niveau de langage utilisé dans ce type d'ouvrage induit une demande réservée pour ces derniers. En ressort une offre de lecture, un accès au corpus destiné exclusivement aux personnes formées pour comprendre le sens contenu.

     

    Cette situation d'une bibliographie scindée entre spécialistes et non-spécialistes annonce à notre sens un haut degré de protection des membres du champ de la santé et plus spécifiquement de ceux qui y sont accrédités comme des professionnels. Il s'agit pour les membres de cette profession de maintenir un écart constant avec les profane. L'usage d'un registre lexical constitue un outil efficace pour préserver la profession d'un déclin et ainsi d'assurer à au moins une partie de ses membres une position symbolique élevée au sein de l'ordre social en place.

     

    Notre objet de recherche reste centré sur la fabrication des médicaments et ne porte pas, au moins dans notre intention, sur d'autres dimensions. Or, dans le processus de fabrication des médicaments plusieurs personnages, plusieurs profils sont au fil de l'enquête identifiable. Nous pourrions poser en premier lieu comme point de distinction entre les individus dans ce secteur le degré de connaissance détenu à propos du champ de la santé et par extension du champ médical par chaque acteur ou catégorie d'acteurs. En effet, si l'on retient pour identifier le champ du médicament les parutions qui y sont associées on peut constater l'existence d'une forme d'habilitation attribuée en fonction du niveau de maîtrise, du choix des termes employés par les professionnels.

     

    Cette dichotomie perceptible par l'étude du registre de langue utilisé, par l'observation des jeux de références cités et même par l'analyse de la symbolique employée entre sens commun et sens savant permet de construire au sein des professionnels un premier niveau de hiérarchie.

     

    Certaines publications commises à propos des médicaments sont éditées par les groupes de l'industrie pharmaceutique. Ainsi, les producteurs de médicaments, ceux qui concrètement fabriquent les médicaments et qui par des circuits de distribution rendent ces derniers accessibles aux marchés, proposent leur propre supports d'informations.

     

    Le contenu des publications oscillent alors entre espaces purement publicitaires et articles connexes aux produits vendus sous licences par les groupes de l'industrie pharmaceutique. Par l'entremise de ces supports, les industriels renforcent le degré de contrôle, d'influence sur le marché des médicaments. Il importe pour les groupes d'être objectivé par le public comme l'interlocuteur premier en matière de santé public, comme un prolongement de l'organisation institutionnelle ayant en charge la sécurité sanitaire des populations.

     

    La toute puissance accordée aux industriels membres du secteur pharmaceutique tout au long de la chaîne de vie du médicament est toutefois à relativiser. Comme nous le verrons par la suite, le médicament et sa fabrication fait intervenir, en sus des industriels, d'autres types d'acteurs. Sur le parcours de toute gélule, de tout cachet labelisé par l'AFSSAPS comme un remède efficace, des acteurs institutionnels - membres des structures officielles référentes en matière de gestion des produits médicamenteux - ou encore des clients – que ces derniers soient des particuliers ou des clients institutionnels à l'image des centres hospitaliers, des cliniques ou encore des maisons de retraite – sont présents.

     

    Si l'on mobilise uniquement les ressources bibliographiques pour investiguer à propos de la fabrication des médicaments, les recherches apparaissent très vite comme limitées. Les seules ressources mobilisées donnent un ensemble d'une homogénéité inquiétante. Cette réflexion renvoie à nos craintes de succomber à la tentation de rendre à propos de la fabrication des médicament une étude basée sur seuls supports officiels. De plus, le personnage du chercheur, du découvreur est souvent mis en avant dès lors qu'un article traite du médicament.

     

    Ce type d'article est souvent rédigé selon une perspective historique prenant comme référence la phase de recherche sur une molécule jusqu'à l'invention du médicament. La situation de fabrication industrielle, d'assemblage des différents éléments selon une formule dans le cadre d'une production industrielle est peu évoquée. En quelque sorte une part seulement du processus est rendue visible, tandis que la recherche fait l'objet de nombreuses publications, la fabrication des médicaments semble secondaire.

     

    Cette absence de promotion, de ressource sur un point donné d'une activité suscite une suite de questions et attire l'oeil de sociologue. L'un des enjeux de cette recherche est de mobiliser des matériaux permettant de rendre de la phase d'assemblage des médicaments. A travers cette mobilisation nous cherchons à offrir une somme de connaissances sur les individus et les activités entrant dans la phase de fabrication des médicaments. Pour parvenir à nos fins plusieurs pistes de travail sont envisagées.

     

    Il s'agit de pénétrer des lieux réputés hermétiques et soumit à un fort contrôle. Cette spécificité caractérisée par un haut degré de protection des sites est en lien avec la définition d'une activité comme "à risque". En effet, les risques sanitaires potentiels rentrant dans le processus de fabrication des médicaments sont largement médiatisés et matérialisés par le concept de pharmacovigilance. Cette mise en forme de la notion de risque relève comme nous le verrons d'une succession d'initiatives prisent par des acteurs aux légitimités hétérogènes.

     

    Sources méthodes et matériaux

     

    La technique consiste à rassembler un grand nombre de demandes déposées par des employeurs issus de l'industrie pharmaceutique pour pourvoir en personnel leurs sites de production. De telles investigations comportent l'avantage de pouvoir quantifier sur des offres visibles, offertes à tous les statuts proposés aux candidats. La visibilité des offres est ici entendue par le libre accès dont ces dernières font l'objet. En effet, nous retenons comme l'un de nos matériaux les offres disponibles sur plusieurs sites internet et revues dédiés aux placements des travailleurs. A côté du site gouvernemental "Pôle emploi", d'autres sites proposent de mettre en relation offres et demandes de travail. Pour classer ces différents sites et rendre de toutes leurs spécificités, nous retenons trois groupes de référence.

     

    Le premier groupe sert à ranger les sites officiels, gouvernementaux, caractérisés d'une part par le site Pôle emploi et d'une autre part par un ensemble d'infrastructures connexes à la politique de l'emploi. Le deuxième groupe constitué réunit des sites spécialisés dans les offres d'emplois et parfois plus largement dans l'exploitation du concept de petites annonces. Enfin, un dernier groupe rassemble des sites spécialisés dans l'exercice de recrutement de personnel évoluant dans certains secteurs bien particuliers comme ceux de la santé ou encore de l'industrie.

     

    La prise en compte de tels matériaux est à notre sens un bon moyen d'isoler les profils construits pour cristalliser au travers du texte d'une offre d'emploi les attentes des employeurs. Il s'agit de lister ce qui par récurrence constitue au final la définition professionnelle de l'opérateur de fabrication – ou de production. La définition d'un emploi peut être ici objectivée par la façon dont celui-ci est représenté, vendu sur les différents marchés du travail. Sans retenir une telle définition comme une réalité sociale, sans objectiver ce que peut être le travail d'un homme depuis un descriptif nous envisageons de prendre en compte la puissance de ce type de représentations.

     

    L'exigence d'une main d'oeuvre capable et qui part son investissement pourrait apporter une rentabilité nécessaire à l'entreprise apparaît comme un préalable posé à toute campagne de recrutement. Depuis ces matériaux, il importe pour nous d'identifier ce que les individus doivent savoir, doivent maîtriser pour répondre pleinement aux attentes des employeurs. Les tâches accomplies au sein des unités de fabrication de médicaments peuvent être de plusieurs ordres. Il est difficile d'esquisser un idéal-type des tâches effectuées comme il paraît également improbable de proposer un inventaire exhaustif de celles-ci.

     

    Toutefois, en recueillant sur certains terrains et dans certains supports bibliographiques des témoignages, des descriptions de l'activité de production de médicaments telle que celle-ci se déroule en France à l'heure actuelle nous pouvons proposer une restitution valable de ce qui doit être accompli par celui qui ayant répondu à l'une des annonces sélectionnées serait retenu.

     

    Comme pour augmenter nos chances de découvrir le maximum d'éléments au cours de nos investigations nous cherchons à diversifier les supports de connaissance. Il s'agit d'exploiter tout ce qui se révèle être à notre porté d'autant plus que certaines portes nous ont déjà été fermée. Ce dernier point agit finalement comme un agent stimulant pour notre entreprise de recherche au sens où donnant l'envie de dépasser le stade de ces pistes inabouties.

     

    Séverin Muller[17]au cours de nombreuses enquêtes à propos et au sein même d'abattoirs rend dans le détail des tâches, des opérations accomplies par les travailleurs positionnés à chacun des postes dans les différents ateliers. Il y a là présenté un ensemble de profils : du personnage traditionnel du boucher officiant dans des tueries privées à la fin du 19ème siècle jusqu'aux postes de travail contemporains aux désignations évoquant une division du travail très avancée avec des libellés de postes tels que "le saigneur, le tueur ou encore le désosseur".

     

    Notre investissement ne nous a pas permis, dans un premier temps, comme Séverin Muller de pénétrer l'intimité du labeur des hommes et des femmes, de revêtir au moment de l'embauche la tenue de l'entreprise ou de porter en milieu professionnel tels ou tels équipements de protection. Pour pallier à ce manque nous compulsons une littérature très spécialisée et portant sur l'organisation des ateliers. Il s'agit la de parutions telles que des guides techniques ou encore des fiches de sécurité proposant de visiter d'une certaine façon des unités de fabrication. L'angle retenu dans ce type de publications pourrait être qualifié de technique ou au moins visant à des applications d'ordre commercial. Il s'agit de mieux maîtriser l'espace, de réaliser des économies en réorganisant le lieu de travail selon différentes modalités.

     

    L'origine de ces parutions est relativement hétéroclite et s'ajuste en fonction d'un public spécifique. La littérature ayant trait à l'architecture par exemple marque un intérêt régulier pour l'industrie pharmaceutique et comprend, notamment par le biais de revues[18], des sujets représentant d'intéressantes sources de renseignements pour comprendre, depuis un certain angle, le travail effectué dans les ateliers. Les industriels eux-même produisent des plaquettes et parfois même des ouvrages à propos de certains de leurs sites de production.

     

    Cette démarche n'est pas à rattacher exclusivement au secteur de l'industrie pharmaceutique dans la mesure où de nombreux secteurs éditent de la documentation à propos de leur fonctionnement, de leur usines de fabrication Dans le cas de l'industrie pharmaceutique nous avons réuni quelques plaquettes ou supports présentant des ateliers de production.

     

    A partir de cette somme de documentations nous renforçons notre savoir sur l'organisation de l'espace et sur les procédés techniques utilisés dans le cadre des opérations d'assemblage des médicaments[19]. En dépouillant notre corpus bibliographique l'idée de catalogue apparaît très vite comme dominante. En effet les sources les plus nombreuses et les plus disponibles au public proviennent d'entreprises se présentant comme opérant dans le cadre de l'industrie pharmaceutique ou au moins membre du secteur de la santé. Cette perspective conduit a mener une réflexion sur l'importance du matériel dans la définition des différents postes de travail depuis la formulation de ces derniers au travers des offres d'emplois jusqu'aux expériences des agents de production et l'énumération des tâches comprises durant les temps de travail. Les ateliers et leurs usages renvois au respect d'un règlement intérieur dont la présence au sein de chaque entreprise engage à une utilisation contractuelle des locaux.

     

    Cette sorte de documentation qui fait l'objet d'un affichage obligatoire dans les entreprises employant plus de vingt salariés[20]rend-telle vraiment du rapport entre les individus et leurs lieux de travail ? Sur ce point nous avions pu constater au sein de l'entreprise de distribution de médicaments Huilex du décalage entre travail réel des agents et conduites, consignes comprises dans le règlement intérieur. Du reste, le règlement chez Huilex ne proposait qu'un état figé, qu'une référence limitée temporellement dans la mesure où de l'aveu même du responsable de la structure le règlement intérieur avait été rédigé "à l'ouverture de la boite" et n'avait depuis jamais été révisé – celà représente une période de cinq années.

     

    Traiter du travail uniquement à partir d'une source composée de documentations apparaît vite impossible ou au moins risqué. Comment en s'en tenant éloigné qualifier une activité de travail ? Comment, depuis un dépôt d'archives et s'en en sortir prétendre rendre du travail ? Il s'agit de trouver un point d'équilibre entre connaissance du contexte, du champ de référence, du cadre de notre enquête et réalité du terrain à propos duquel s'articule nos réflexions

    I. La formation disponible pour accéder aux unités de production de médicaments

     

    La perspective de remonter les filières menant à la professionnalisation d'une partie des ouvriers de l'industrie pharmaceutique intervient comme un fil conducteur depuis lequel la collecte de matériaux apporte du sens à notre démarche. Au fur et à mesure nous mettons en perspective des enjeux plus larges que la mise en ligne d'une activité, que la formalisation de tâches qui par leurs spécificités sont tenues dans des contours flous.

     

    1. Des formations et des candidats hétéroclites

     

    Depuis le personnage d'opérateur de production en milieu industriel et plus spécifiquement au sein d'usines de production de médicaments, nous retraçons la fabrication de symbolique permettant à un individu de se reconnaître en une profession et aux membres d'une profession de reconnaître l'un des siens. Si de nombreuses professions sont pourvues d'un système de formation bien rodé comme celui menant à la profession de cuisinier avec le réseau d'écoles hôtelières, d'autres apparaissent comme dépourvues d'un tel appareillage. Non que ces dernières professions n'existent pas mais plutôt que par leur faible représentation, par leur diversité ou par d'autre causes ces dernières soient moins reconnues.

     

    La carrière d'ouvrier au sein d'une usine fabriquant des médicaments n'est pas à proprement parler un objet aux traits médiatiques. Sans nous livrer à un exercice de classement des professions les plus valorisées il est aisé de déduire le faible degré de prestige de ce type de filière, la faiblesse des vocations suscitées. La construction du prestige pour une profession reste toutefois une piste de travail intéressante dans la mesure où un public doit tout de même être trouvé pour fabriquer les médicaments et de surcroît, les membres de celui-ci doivent se conformer à un ensemble de règles, de conduites incluses dans les caractéristiques sanitaires légales des fabricants de médicaments. Il importe donc pour les industriels du médicament de maintenir à portée une main d'oeuvre comportant certaines caractéristiques.

     

    Difficultés de conversion du savoir technique en capital légitimé

     

    Dans le cas de l'industrie nucléaire, Pierre Fournier décortique la mise en place des filières de formation des "petites mains du nucléaire" ayant en charge les missions de radioprotection au sein des sites. En ressort la fabrication par l'industrie nucléaire d'institutions spécifiques ayant pour fonction de former les radio-protecteurs et par adéquation une normalisation de cette activité, une standardisation du profil des acteurs. En fait, au-delà d'une standardisation, il s'agit de donner une habilitation aux seuls individus ayant remplis l'offre de formation. De la sorte, les candidats reçus présentent les connaissances, les attitudes attendues par les employeurs.

     

    Dans le cas de la fabrication de médicaments, la formation interne reste la seule alternative permettant l'acquisition d'un degré de connaissance suffisant pour faire d'un homme un agent opérationnel sur une chaîne de production de médicaments. Pour Manuel, rencontré au abord de l'usine de médicaments marseillaise Oblyxe, il s'agit "de maîtriser l'engin pour pas qu'il plante tout et se faire planter par le boss". Manuel, opérateur de production sur une chaîne de fabrication de gélules fait ici allusion aux contraintes liées à l'utilisation d'instruments de production industriels très complexes. Cette sorte de savoir très spécialisé est souvent appris sur le tas dans la mesure où la gamme d'outils de production utilisé dans le cadre de la fabrication de médicaments est très large.

     

    Le travail en milieu industriel implique dans un ordre général d'apprivoiser, au-delà de la formation reçue en amont, un ensemble d'appareillages, de machines spécifiques utilisées uniquement à l'occasion du contrat. Dans le domaine du nucléaire par exemple, le contenue de la formation porte sur les termes connexes au nucléaire et si la plupart des individus formés se destinent à travailler en centrale certains d'entre eux, écartés du circuit classique, se cantonnerons à exercer au sein des nouvelles filières du nucléaire. Ainsi, le matériel utilisé sera différent selon l'activité précise développée par l'employeur. La dépollution de sites contaminés par exemple ne mobilise par les mêmes types d'équipements, les mêmes types d'attitudes que le travail d'entretiens, de surveillance attendu dans le cadre d'une centrale nucléaire.

     

    Pour apprécier les offres de formations disponibles, celles qui préparent les hommes au profil d'opérateur de production au sein d'une unité de production de médicaments, nous recensons les différentes possibilités de formation. La mise en place d'un inventaire des circuits de formation se traduit par une recherche systématique des institutions qui proposeraient une formation, qui dispenseraient des connaissances en vue de former de futurs opérateurs de production.

     

    Cette méthode ne peut prétendre à assurer une couverture totale des moyens mobilisés pour produire de nouveaux opérateurs de production. En effet, à côté des offres apparentes, demeurent des offres plus sous-jacentes et proposées par le biais de circuits différents. Le recrutement par la méthode du bouche à oreille notamment apparaît comme un phénomène particulièrement difficile à prendre en compte.

     

    Pour vérifier de l'impact, du poids des institutions de formation, d'habilitation pris en compte nous cherchons à percevoir l'état des connaissances des ouvriers et des ouvrières de l'industrie pharmaceutique à propos des voies d'accès à leur propre activité. Ainsi nous pourrons confronter le profil des employés rencontrés - comme nous le verrons via des plates-formes communautaires - avec les profils dépeints par les annonces d'embauches émisent par la plupart des groupes de l'industrie pharmaceutique.

     

    La confrontation entre éléments recueillis et tâches de travail réellement effectuées intervient comme un exercice central, comme une nécessité pour ne pas risquer de livrer un savoir qui se limiterait à une lecture des offres d'emplois, à une présentation lisse des libellés d'offres de formation et de facto à observer le travail uniquement depuis une position externe. L'échec de notre intégration par la voie de l'intérim au sein du groupe Oblyxe, nous force à repenser notre organisation de travail, à revoir nos modes de pénétration du terrain.

     

    Cette voie d'entrée sur le terrain par l'établissement de contacts avec ceux qui dans le bruit fournissent le labeur nécessaire à la fabrication de médicaments reste une source intéressante d'informations mais ne permet pas de dépasser un niveau descriptif ni de s'affranchir du filtre inclue dans le discours des travailleurs interrogés. Il s'agit là de recueillir les représentations des agents avant ou après leurs heures de travail puis d'exhiber la recomposition imaginée par les individus pour rendre de leur activité professionnelle.

     

    Les tentatives d'encadrement historiques des opérateurs par l'institution scolaire

     

    La composition de l'effectif des candidats à des postes d'opérateurs de production peux apparaître dans un premier temps comme hétéroclite. A son image, l'offre de formation est très dispersée et ne bénéficie pas d'une lisibilité immédiate. Pour asseoir notre constat nous mettons en opposition dans un premier temps le système de formation dit général comprenant une formation de type universitaire et le système de formation professionnelle ou au moins libellé comme tel.

     

     

    Une plaquette émise par le Ministère de l'Education Nationale en date du mois de janvier 1969 précise formellement les "possibilités d'orientations après la classe de 3ème[1]". Le fascicule décline les différentes possibilités selon trois ordres. Le premier correspond à la poursuite d'étude de second cycle, le second à "la poursuite d'étude en deux ans" enfin un troisième groupe est titré "interruption d'étude et entrée dans la vie active". La professions d'opérateur de productions au sein de l'industrie peut être inclus dans deux des groupes d'orientations proposés. Tout d'abord dans le deuxième groupe avec le Brevet d'Etude Professionnelle "Conducteur d'appareil" puis au sein du troisième qui évoque "l'entrée en apprentissage sous contrat possible notamment dans le domaine de l'industrie".

     

    Depuis 1960, des parcours dit professionnels proposent pour certaines filières au moins trois niveaux de diplômes. Il s'agit des CAP, des BEP et des Bac professionnels. Ce dernier niveau sera dans un premier temps compris dans les filières d'enseignement général. En effet, l'élite technique, porteuse d'un niveau définie par le substantif "bac" est assimilée à la poursuite d'étude de second cycle et à ce titre l'accès se fait en continuité de la classe de troisième, par la classe de seconde. En 1969, les bac de technicien qu'ils soient complétés des mentions "de l'informatique", "construction mécanique" ou encore "industriel"sont donc réservés aux élèves restés dans la filière classique, au sein des lycées d'enseignement général.

     

    En quelque sorte, les formations de BEP et de CAP restent dans un premier temps des filières courtes dont la durée ne peut excéder deux ans. De la sorte, l'entrée sur le marché du travail est programmée à court terme. La division du travail au sein des groupes industriels, des usines est calquée sur ce modèle qui laisse entendre l'existence de nombreux points de rupture entre les ouvriers de production, requalifiés sous le terme d'opérateur de production et les employés, plus qualifiés, ayant en charge l'encadrement.

     

    L'avènement des bac professionnels, le désengagement progressif des lycées par rapport à la charge des enseignements techniques vont changer le système utilisé pour normaliser le degré de connaissance détenu par les individus. Dans le même temps, les prestiges sont redistribués. Ainsi, les "filières techniques" des lycées deviennent les "filières professionnelles" des lycées d'enseignements professionnels. En parallèle, la spécialisation des élèves est de plus en plus fine. Là ou le bac de "technicien industriel" rayonnait dans tous le secteur secondaire, le bac professionnel "industrie et procédé" cible un publique moins large.

     

    Comme nous le signifions plus haut, le profil des candidats aux diplômes menant entre autre à la profession d'opérateur de production apparaît comme pluriel. Toutefois, les motivations des élèves, des apprentis candidats aux BEP, CAP ou encore au BAC CAIC sont à l'image d'autres filières techniques rarement basées sur la recherche de prestige.

     

    2. L'offre de formation historique

     

    "Pour étudier un métier nous devons tous les considérer comme socialement semblable afin de ne pas proposer une analyse qui relèverait du sens commun. Ainsi, il s'agit de trouver des traits communs à toutes les activités[2]". Comme l'évoque notre très rapide aperçu du système d'enseignement, ce dernier est soumis à de fréquentes transformations dont nous n'avons pour ainsi dire ici rien évoquées. Toutefois, le recours à un système de formation formalisée par les états reste une constante s'agissant de définir les métiers ou au moins d'arrêter une signification pour ces derniers en terme d'offre de formation institutionnelle.

     

    L'activité de fabrication de médicaments au sein d'une usine pourrait être assimilable à première vue à l'exercice d'une activité non-qualifiée dans le sens où l'activité pratiquée ne requiert a priori aucune habilitation spécifique. La fabrication des qualifications de l'individu ne tiens alors qu'aux seules connaissances précédemment acquises et à celles en voie de l'être au contact même de l'activité.

     

    L'effet paradoxal des diplômes : de l'activité artisanale à l'exercice d'un savoir coupable

     

    La mise en place progressive de filières spécialisées va entraîner une rationalisation sur le marché du travail notamment dans le secteur de l'industrie. Des procédures d'institutionnalisation des carrières sont organisées au moyen de jeux de correspondances posés entre chaque activité ou ensemble d'activités et un parcours scolaire, un diplôme spécifique. Cette sorte de dispositif tend à amoindrir les possibilités d'employabilité pour les candidats à l'embauche.

     

    Pour certains individus, la détention d'un diplôme agit comme une contrainte. En quelque sorte, ces derniers sont comme enfermés dans les rôles prescrits par le libellé du diplôme. Pour d'autres, l'instauration de filières spécifiques d'accès à certaines tâches, à certaines activités représente une barrière infranchissable et signifie de leur exclusion du marché du travail relatif aux professions incluses dans le processus de formalisation.

     

    Le diplôme de CAP ou de BEP "Tourneur-fraiseur" par exemple a presque valeur de licence pour la pratique de cette activité qui devient, au moins au sens bureaucratique, une profession. De ce fait, l'individu-candidat doit être pourvu de la dites licence pour prétendre décrocher une embauche. Dans le même temps, ce diplôme ne permet pas d'accéder à d'autres professions ce qui agit comme une contrainte pour ceux qui en sont les titulaires. A l'inverse, certains diplômes "professionalisant" offrent des perspectives plus diversifiées en terme de secteurs d'activités professionnelles ou de postes de travail.

     

    Le CAP ou le BEP CAIC par exemple peuvent être positionné comme des outils efficaces pour fournir en main d'oeuvre un grand nombre de secteurs d'activités au sein du secteur secondaire. "L'opérateur de fabrication des industries chimiques assure la conduite et la surveillance des installations de fabrication de produits chimiques. Il peut s'agir de produits industriels destinés à la réalisation d'autres produits – produits azotés, matières plastiques...- ou de produit directement utilisables – médicaments, huiles essentielles, peintures".

     

    Cette définition du contexte d'activité de l'opérateur de production - parfois également titré "opérateur de fabrication" - est issue d'une fiche de métier éditée par le Ministère de l'Education national en 2003. La présentation de la formation n'est pas calquée sur l'exercice d'un métier spécifique mais plutôt sur l'apprentissage de gestes techniques, de connaissances sélectionnées par rapport à un environnements de travail spécifique. Il ne s'agit pas de préparer un public pour une profession précise mais plutôt de rendre les candidats employables dans un secteur d'activité tout entier.

     

    L'industrie pharmaceutique une voie royale pour les CAIC

     

    La pluralité des possibilités incluses dans ce libellé, qui fait office d'édito par rapport à cette fiche métier, est appuyée par la reconstitution, le témoignage d'un personnage présenté comme un "ancien CAIC au travail". Cet exemple n'est à notre sens pas choisis au hasard. Pascal Scweighard ancien CAIC a le privilège du rôle de l'exemple. Ce dernier est présenté comme l'un des employés participant à la fabrication de médicaments au sein d'un groupe pharmaceutique américain dont l'une des filiales est implantée en France : le groupe Catalent[3].

     

    Ce choix d'un modèle, d'un CAIC témoin évoquant la journée type d'un employé à l'intérieur d'une usine de fabrication d'assemblage induit pour le lecteur – éventuellement un(e) futur(e) candidat(e) à la formation CAIC - des perspectives d'avenir particulier. Sans attribuer au secteur de l'industrie pharmaceutique un prestige artificiel il est aisé de comprendre en quoi les tâches relevant de la fabrication de médicaments sont apprécié différemment de celles relevant de la fabrication de peintures ou encore de la production industrielle de chlore. La filière dite professionnalisante BEP CAIC, sans proposer un niveau de diplôme objectivable au circuit d'apprentissage réservé du champ médical, offre tout de même en apparence aux candidats des possibilités d'entrer par la petite porte et par le biais d'une activité spécifique dans le champ de la santé.

     

    A ce titre, les CAIC peuvent être envisagé comme une variété de transfuges au sein d'un champ où le niveau et la qualité des diplômes sont strictement arrêté pour parvenir à un échantillon relativement homogène. En effet, qu'il s'agisse de l'élaboration de médicaments ou encore de la faculté de prescrire ces derniers, la plupart des actions entreprises dans le champ médical sont rationalisées par l'exercice d'un savoir coupable.

     

    L'ouvrier CAIC occupé a vérifier des vannes, à nettoyer des machines agit fort de son savoir qui pour un bon nombre de tâches ressort comme exclusif. Du reste, dans un contexte de travail tel que celui de l'industrie pharmaceutique, les connaissances du CAIC sont utilisées pour décharger les membres des "professions prétentieuses" du fardeau des tâches objectivées comme relevant de "métiers modestes".

     

    La description de la journée de travail de l'ancien élève CAIC Pascal Scweighard s'offre comme un mythe en laissant poindre pour les potentiels candidats comme une possibilité de s'affranchir de leur condition. Le candidat CAIC embauché au sein d'une usine de production de médicaments évolue symboliquement du statut de simple ouvrier manutentionnaire au statut de "personne participant au sein d'un grand groupe à la fabrication d'un médicament".

     

    En quelques sortes le "sale boulot" est comme magnifié par le secteur de référence où il s'exerce. La description d'une "journée de Pascal" qui selon le rédacteur de la fiche métier commence par une stricte séance d'habillage intervient comme une vitrine accessible à l'élite des CAIC.

    Rien ne doit manquer à la tenue vestimentaire réglementaire. Ni les sures-botte, ni les lunettes de protection ne doivent êtres oubliées avant "la prise de poste". Le travail de Pascal est d'assembler les différents éléments d'un médicament puis d'alimenter une chaîne de production avec le produit du mélange réalisé. En fin de chaîne, Laurent un autre CAIC, doit s'assurer de la qualité de chaque médicament par un contrôle visuel.

     

    La description de la mission des CAIC en chargent d'une part des process de fabrication des médicaments est articulée dans cette fiche métier à un ensemble de qualités objectivées comme nécessaires à l'exercice de la profession : "l'opérateur de production doit être précis et rigoureux". La fiche métier proposée reprend, comme la brochure de l'Education nationale consacrée à l'offre de formations BEP/CAP, l'intitulé généraliste "métiers du CAIC" est utilisé pour définir les "possibilités de carrières" des diplômes CAIC.

     

    Une formalisation de savoir commune à plusieurs secteurs d'activité affirme d'un sens de la polyvalence des CAIC mais restreint d'un autre sens leur degré de spécialisation par rapport à un secteur d'activité spécifique. Le CAIC doit alors compter sur son expérience professionnelle pour faire valoir de sa spécialisation, pour revendiquer de son appartenance à un corps d'activité circonscrit..

     

    3 Offre de formations en marge du CAIC : de l'initiative locale au salon national

     

    L'offre de formation CAIC est présente sur la plupart du territoire par l'entremise des réseaux de lycées professionnels. Il existe sur en France 55 lycées professionnels proposant la formation CAIC[4]. Le contenu de la formation dispensée s'articule autour d'un tronc d'enseignement général commun à toutes les filières dites professionnelles et d'une formation technique spécifique à la branche CAIC. Ce dernier volet caractérise la singularité du parcours CAIC par rapport à d'autres filières techniques et en quelque sorte représente une somme de compétences normalisées.

     

    Il s'agit pour l'élève qui peut être de tous les âges d'acquérir un ensemble de connaissances spécifiques aux milieux industriels relevant de process utilisant la chimie. La construction du programme d'enseignement technique peut être objectivé comme la volonté de formaliser des tâches établies comme récurrentes dans le cadre d'opérations industrielles et en particulier dans l'industrie chimique. Ainsi une proximité historique est établie entre lieux de formation et sites industriels. Bien souvent le choix des sites d'installation des établissements de formation est directement lié à la qualité du tissu industriel local.

     

    L'offre CAIC en héritage de l'implantation historique des sites industriels

     

    Pour rendre habilement du contenu de l'enseignement des formations CAIC, au niveau BEP/CAP comme au niveau BAC, il faut donc prendre en considération la dimension locale, le lieu d'implantation des sites de formation. En effet le contenu des enseignements est ajusté, corrélé aux activités des employeurs régionaux potentiels.

     

    A n'en point douter, la formation CAIC constitue l'outil le plus efficace à disposition des candidats aux postes offerts en qualité d'opérateur de production au sein des usines assurant la fabrication de médicaments. La symbolique représentée par les diplômes reçus à l'occasion de parcours d'apprentissage CAIC est d'autant plus forte que la régions envisagée comporte de débouchés professionnelles.

     

    La répartition du parc industriel français est très inégale En ce sens, les industries utilisant des procédés chimiques, sont concentrées dans des bassins géographiques limités, parfois historiques. La production industrielle de médicaments n'échappe pas à cette règle de mise en proximité des établissements sous la forme de zones d'activités entière. Au début du siècle on recense 473 usines de fabrication de médicaments qui emplois environ 13 000 personnes, "déjà en 1900 en France, la qualité des spécialités est liée à la maîtrise de la galénique par leur fabricants"[5].

     

    La volonté de partager des fournisseurs, de diviser les frais d'entretien, de gestion d'une zone industrielle où comme dans le bassin de Lacq, le souhait de profiter de gisements de gaz poussent les industriels à s'établir en communauté. En sus des volontés privés, les services traitant de l'urbanisme au sein des différentes collectivités locales contribuent au phénomène de regroupement par un découpage en zone des territoires habilités à recevoir certains types d'établissements industriels. La sélection des espaces se fait en fonction de différents critères qui vont du registre historique à la prise en compte des risques pour les populations, pour l'environnement ou encore par rapport à la santé du tissu économique local.

     

    La région Provençale en retrait de l'activité de production de médicaments

     

    Pour se convaincre de l'hétérogénéité de la distribution des industries chimiques dans l'espace nous observons la contingence des usines de production de médicaments ou des établissements assimilés comme tels sur le territoire. Depuis ce recensement du parc industriel nous pointons la faiblesse de la région PACA quant à la représentation des sites de production de médicaments.

     

    Plus largement, le secteur de l'industrie pharmaceutique est peu présent dans la région provençale. Si l'on exclut de cet inventaire les distributeurs de médicaments que sont les officines pharmaceutiques et les médecins qui assurent la prescription des produits, l'industrie du médicament représente en tant que telle huit sites, ces derniers occupant environs 850 individus. Ces données mises en lien avec les effectifs d'autres régions marquent la pauvreté du tissu industriel dans la région provençale et en particulier dans le secteur de la chimie.

     

    La régions Rhône-Alpes par exemple est mieux dotée avec sur son territoire pas moins de vingt-trois sites de production ou d'assemblage de médicaments. Dans le même temps, la région Midi -Pyrénées en totalise à peine moins. Cette inégale répartition des industries pharmaceutiques sur le territoire s'entend comme nous le relevions plus haut, dans une suite de choix opérés à partir des années 1950. Sans proposer ici un panorama du paysage de l'industrie pharmaceutique en France, nous pouvons en évoquer quelques grandes caractéristiques.

     

    La réalité industrielle actuelle en héritage des adaptations successives des groupes

     

    En terme de chiffre d'affaire, cinq groupes français sont actuellement positionnés parmi les vingt leaders mondiaux de l'industrie pharmaceutique. L'activité de ces groupes peut être rationalisée selon au moins quatre grands postes d'activités. La branche recherche et développement, la production, le contrôle de la qualité et le marketing. Dans le cadre de notre recherche nous mettons l'accent sur l'étape de la production qui à notre sens correspond à l'aboutissement des trois autres nivaux relevés.

     

    La fabrication du médicament représente pour les groupes de l'industrie pharmaceutique la traduction d'efforts financiers très importants. Comme nous avions pu le constater à l'occasion d'un travail précédent, le secteur de l'industrie pharmaceutique comporte comme spécificité la nécessité impérieuse de disposer d'une réserve de trésorerie très importante. Ces fonds représentent des investissements à moyens ou à long terme[6]. En effet, les sommes doivent être mobilisable pour les phases intervenant en amont de la production industrielle en série des médicaments.

     

    Il s'agit dans la phase première des opérations d'inventer le produit puis, au terme de longs processus, de produire ce dernier en masse à des fins commerciales. Une nouvelle mise en parallèle peut être posée sur ce point entre les secteurs de l'industrie pharmaceutique et de l'exploitation pétrolifère. En effet, ce dernier secteur nécessite tout comme dans le cadre de la production de médicaments, la mobilisation d'une somme de capitaux très élevée en amont de l'exploitation commerciale des gisements de brut.

     

    Là ou le chercheur, membre d'une équipe au sein d'un laboratoire de l'industrie pharmaceutique découvre la bonne formule, admet la bonne synthèse pour créer un médicament, l'ingénieur en pétrole oeuvre de son côté et en laboratoire également à la découverte de nouveaux gisements d'énergies fossiles et cela au prix de campagnes réputées longues et onéreuses. En ce sens, le nombre de groupes opérant dans le secteur de l'industrie pharmaceutique s'est considérablement restreint depuis une vingtaine d'années.

     

    En effet, l'activité des producteurs de médicaments, à l'image de nombreuses branches comprises dans le secteur industriel[7], à fait l'objet de multiples mouvements par le biais d'opérations de fusions-acquisitions. Les industriels, mis en forte concurrence et soumis à des pressions financières en inflation, ne peuvent plus se contenter du simple moteur constitué par la croissance organique, de perspectives uniquement liées à la progression du chiffre d'affaire d'un établissement unique. La croissance externe à partir des années 1990, représente l'alternative unique disponible pour les groupes de l'industrie pharmaceutique pour mobiliser des réserves de capitaux suffisantes afin d'absorber des coûts de production de plus en plus importants.

     

    Les entreprises, parfois acquéresses, parfois cibles, deviennent de moins moins nombreuses par le mécanisme des opérations de fusions-acquisitions. Les modalités de tels programmes peuvent être de plusieurs ordres. Selon la stratégie définie, il peut s'agir d'absorber des entreprises concurrentes par une politique d'intégration horizontale ou encore de viser la maîtrise totale de la chaîne de vie du produit par un rachat d'entreprises clientes ou d'entreprises fournisseurs.

     

    Au terme de ces complexes processus financiers, les groupes survivants engrangent des bénéfices en terme capitalistique comme en terme de pouvoir. Ainsi, les économies d'échelle, les synergies de recette ou encore les crédits d'impôt récupérés sont autant de ressources supplémentaires conjuguées à un contrôle renforcé sur les fournisseurs, les clients ou sur la concurrence selon le type de fusion-acquisition réalisée.

     

    L'origine de ces regroupements, de cette course à la taille trouve en partie source dans l'inégalité des moyens, des conditions fiscales, des crédits - notamment alloués à la recherche – relatifs à chaque entreprises selon leurs tailles, leurs nationalités ou encore leurs formes juridiques, "la présence de filiales représentent un choix stratégique des groupes pour leur implantation mondiale[8]". La position des groupes les plus modestes, les moins solides financièrement devient rapidement intenable face à la concurrence de grands groupes multinationales qui peuvent compter sur de solides capitaux notamment levés par le truchement des marchés boursiers. "A côté de ces grands groupes d'envergure internationale, le tissu industriel à capitaux français est composé d'entreprises d'origine familiale (Beaufour-Ipsen, Fournier) et d'entreprises plus petites, parfois installées sur des niches thérapeutiques (Chauvin en ophtamologie ou Boiron en homéopathie). Elles sont aussi souvent à la tête de produits assez anciens et sans perspectives claires. Faute d'atteindre une taille critique, elles ne peuvent développer des produits nouveaux à fort potentiel. Leur avenir dépendra donc de leur capacité à fusionner ou à nouer des alliances ou des accords sous licence[9]".

     

    La faiblesse de la contingence des groupes acteurs dans la fabrication de médicaments en France se traduit par un nombre restreint d'employeur pour les salariés des différents sites. Dans le même temps, les effectifs impliqués dans la production restent constant au sein des établissements les plus importants. "Les groupes choisissent, pour une forme de médicament, une implantation unique pour leur production européenne. Ainsi, les aérosols de GlaxoSmithKline sont fabriqué pour toute l'Europe sur le site d'Evreux, le Mopral d'AstraZeneca sur le groupe de Dunkerque[10]". Le regroupements des entreprises entraîne une réduction du nombre de plates-formes d'assemblage. En sus, ces dernières sont l'objet de fréquents changements de propriétaires et dans le même temps, l'effectif des sites devient de plus en plus réduit.

    Les opérateurs de production comme élément irréductible du dispositif industriel

     

    La phase de production industrielle d'un produit qui par une suite de processus obtiendra la précieuse appellation de médicament correspond à un point précis si l'on objective le parcours de l'invention d'un médicament. Il s'agit de comprendre comme phases amonts les étapes de recherche, de tests des produits et finalement la livraison des principes actifs aux usines. Ces produits une fois assemblés, conditionnés - selon des formes précises qui ont fait également l'objet de longues recherches en galénique - deviennent des médicaments.

     

    Cette contextualisation de notre objet de recherche par rapport à un champ de référence beaucoup plus large permet de saisir la portée de notre entreprise. En effet, en questionnant les processus de formalisation des sales boulots de l'industrie pharmaceutique sur ses sites de production nous recherchons les logiques de celle-ci notamment en terme de mobilité. Comment une industrie organise t-elle son recrutement ? Autour de quels critères s'objective les qualités, la définition d'un ouvrier de l'industrie pharmaceutique et, plus précisément au niveau de la production ?

     

    Derrière des logiques de recrutement classiques, indispensables au fonctionnement des groupes peut-t -on déceler les traces d'enjeux plus important ? La notion d'attachement des employés à "leurs" sites de production, à leur usines, à leurs travails apparaît comme centrale dès lors que l'on s'intéresse à ce qui définit par convention ou dans les représentations une activité un ensemble de tâches en une profession précise.

     

    La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur fait partie, comme nous le relevions plus haut, d'une des zones françaises les moins pourvues en industrie chimique. On ne trouve pas globalement comme en région lyonnaise ou dans l'arrière-pays toulousain de grand bassin dont le classement Seveso constitue un outil efficace d'identification. Il s'agit par la norme Seveso d'exprimer formellement les risques engagés par les groupes industriels à l'occasion de l'exercice de certaines activités. Dans le cadre par exemple de la manipulation mettant en jeux des produits hautement toxiques ou pour certains ayant des propriétés nécessitant l'emploi de matériel spécifique. Il peut alors s'agir de risque d'explosion, d'inflammation, de contamination ou encore d'asphyxie.

     

    La fabrication de médicaments requiert l'usage de matières premières aux propriétés spécifiques nécessitant l'application de procédures très strictes. Dans la région PACA le site de Fos-sur-Mer offre un exemple de secteur placé sous contrôle par rapport aux activités industrielles qui sont menées sur place. Dans ce dernier cas, le secteur de référence est celui de la production d'énergie et plus spécifiquement de l'énergie fossile. Comme dans le secteur des industries chimiques des compétences doivent être mobilisées pour assurer la bonne marche des installations.

     

    Une offre de formation en cours de diversification

     

    A côté de l'offre de formation labelisée CAIC, d'autres voies d'insertions au milieu professionnel des industries chimiques sont développées ou admises comme valables par défaut. Ce sont des filières techniques bâties sur le même modèle que le parcours CAIC à l'image de la filière Electro-technique par exemple. Enfin, des licences universitaires professionnelles et techniques peuvent également permettre d'accéder à un poste d'opérateur de production. Sur un autre registre une offre d'habilitations légales ou de formations pour effectuer des tâches ou des groupes de tâches concises est disponible. Il s'agit de formations comme le CACES[11]ou le PEMP[12]dont l'obtention occasionne la remise d'une habilitation officielle. En marge des circuits diplômant ou aboutissant à la remise d'habilitations, des formations assurent des cycles d'enseignement à propos des métiers de l'industrie chimique ou pharmaceutique.

     

    Le contenu de ces stages visent à l'acquisition par les stagiaires/clients de savoir-faire au travers de support comme les BPF[13]lors de cessions intitulées par exemple "conduite de procédé en sécurité[14]", conduites à propos de milieux professionnels particuliers. Ce type de formations est souvent exigé dans le profils des postes d'opérateur de production à défaut de diplômes professionnels classiques. Ainsi, certaines offres d'emplois précisent-elles : "connaissances des BPF indispensable[15]". Une partie de cette gamme d'outils supplémentaires est développée par les professionnels eux-même. Si ces derniers sont déjà impliqués dans l'organisation, la mise en place et le contenu des filières CAIC l'effort entrepris pour assurer une réserve conséquente de main d'oeuvre déborde les cadres institutionnels déjà tracés.

     

    Le modèle original des formations dévoilé par le truchement de Contaminexpo

     

    Dans ce contexte le Salon Contaminexpo[16]organisé par les principaux acteurs participant à la prévention des accidents industriels, à la protection des hommes et des équipements soumis à des risques de contamination de toute nature accueil de nombreux stands proposant des formations. A l'occasion de l'édition 2009 de ce salon, nous nous rendons sur place afin de questionner la nature des liens établis entre équipements et utilisateurs, entre équipementiers et industriels notamment par le biais d'offres de formation. Si, comme au sein d'un salon de professionnels classiques depuis les stands est exercé une activité de vente, il importe pour une bonne part des fournisseurs de proposer des formations, des partenariats à propos de l'utilisation et surtout de la maintenance du matériel.

     

    Visite à l'édition 2009 du Salon de la décontamination "Contaminexpo"

     

    "Il n'y a pas foule sur le parvis du Parc des expositions de Parisis en ce début du mois de mars 2009. Nous sommes mardi et le salon ouvre ses portes jusqu'au jeudi soir prochain. Ainsi, l'évènement se tiens en pleine semaine comme pour mieux marquer le caractère professionnel de la rencontre. Les immenses pavillons voisins sont vides[17]".

     

    "Au dehors une boutique qui vend boissons et journaux accueille quelques agents du parc à l'heure du premier café. Il est 9 heures lorsque je me présente à l'entrée officielle du salon. Une large banderole est placée sur la façade du pavillon, celle-ci annonce le « 11ème forum de l'ASPEC Contaminexpo ». Un oeil averti est nécessaire pour comprendre de quoi il s'agit. A l'intérieur, un point de contrôle est organisé pour accueillir et badger les personnes entrantes. Il y a des badges différents selon que l'on est un visiteur, que l'on est un exposant ou encore un conférencier. La distinction apparaît au centre du badge et permet ainsi de fournir aux participants un premier niveaud'information sur leurinterlocuteuréventuel"[18].

     

    "Après cette séquence d'identification, il faut avancer pour recevoir de la part d'une hôtesse un sac plastique « Contaminexpo » garnis d'un guide et d'un stylo sérigraphié ASPEC. Enfin, l'espace s'offre librement. C'est un grand hall aux plafonds hauts perchés avec une centaine de stands[19]. Formés comme des alvéoles l'accès se fait depuis des allées achalandées par des présentoirs publicitaires. Il y a plusieurs allées qui sont organisées pour ne pas êtres droites, pour ne pas donner l'impression de traverser l'espace comme dans une gare ferroviaire. La masse de stands donne l'impression d'un petit labyrinthe fait d'échoppes. L'humeur y est décontractée, on sent une petite émulation festive. Malgré tout, les bons contacts ne manquent pas d'être salués, aussi j'insiste à de nombreuses embrassades corporatistes. Les échanges prennent un jour amical, l'humour est ici de bon ton. Cependant, il ne faut pas s'y tromper, les contrats conclus impliquent des sommes colossales, j'aperçois un groupe d'hommes négociant la vente d'une salle propre.

     

    "A première vue, on ne distingue aucune harmonie entre les différents espaces. Souvent il y a une table, un bureau et un espace café. Plus rarement, une complexe machine est disposée sur un pied d'estal. La plupart des stands en cette heure matinale hument le café chaud et les individus devisent en buvant quelques tasses. Le code vestimentaire est stricte où au moins marqué d'une certaine urbanité"[20].

     

    "Les visiteurs croisés sont plutôt des hommes de la quarantaine à la soixantaine. Parmi les exposants par contre il y a un certain équilibre entre les sexes. Du reste ce détail me ramène à comparer cet évènement avec des concepts déjà observés en visitant le Salon de l'Automobile à Paris. Les stands étaient animés par des assistantes très bien apprêtées. Ici c'est également le cas et les exposantes rivalisent de frivolité."[21].

     

    "Dans les stands autour d'un café, il sont trois en général. Sur le badge qu'ils ont tous, pour assurer une distinction, le noms de l'entreprise qu'ils représentent est indiqué. Ainsi aucun ou peu de doute quant à la qualité des personnes, quant à leur position dans la hiérarchie intérimaire du salon. Cet évènement peut être objectivé comme un espace temporaire organisé au sein duquel des activités sont réunies et présentées en professions au moyen d'une thématique : la radioprotection"[22].

     

    "Au stand Downflo[23], le commercial maison fait l'article du tout derniers modèles de salle blanche. Les spectateurs au nombre de cinq semblent autant intéressés par l'achat du produit que par l'acquisition des principes de sa maintenance. A cet effet des stages spécifiques sont régulièrement organisés par le constructeur. Ces derniers sont payants. Il me semble que la maîtrise de la maintenance est primordiale dans un secteur ou le prix de nombreuses machines excède la centaine de milliers d'euros. Un participant est venu là pour organiser la formation de "deux gars de sa boite afin de standardiser le nettoyage", de cette façon poursuit ce dernier, "nous pourrons les faire intervenir sur toutes les lignes équipées". Je met l'accent sur les offres de formation, sur les supports de transfert de technicité utilisés pour transporter le savoir depuis les distributeurs d'équipements jusqu'aux utilisateurs[24]"

     

    "Le profil de "CAIC maintenance itinérant" représente la traduction en poste de travail de ce modèle. Du reste, ce type de CAIC peut soit être rattaché aux machines par les constructeur au travers de services type assistance soit être affilié aux propriétaires des machines : les industriels[25]"

     

     

    Au salon Contaminexpo de nombreux stands sont consacrés à la promotion d'appareillages techniques réservés exclusivement à un usage professionnel tel que les salles propres ou les salles stériles qui représentent le plus gros des transactions. Il s'agit d'équipements professionnels permettant de reproduire un environnement spécifique en terme de qualité d'air, de qualité d'eau ou encore en terme de niveau de pression. Le concept de salle propre peut être objectivé comme un ensemble de dispositifs mis en place dans le but d'assurer le contrôle qualitatif d'un espace définis.

     

    En premier lieux la qualité de l'air peut être mise sous surveillance afin de réduire la masse de poussière en suspension. La qualité attendue de l'air est définie sous la forme de degré de poussière admissible dans les différentes zones de travail .Dans le cas de la fabrication industrielle de médicaments, il importe de respecter de nombreux paramètres qui en un tout imposent de recourir à une organisation adaptée du matériel et de l'espace utilisé.

     

    L'échantillon des professions représentées parmi les presque 3000 visiteurs du salon donne des indications sur l'utilisation du matériel et du savoir associé à celui-ci – comme les modes d'utilisation ou de maintenance. Le groupe de profession le plus représenté avec un taux de 26 %[26]des visiteurs est celui des directeurs de production en milieu chimique puis avec 14 % des chargés d'affaires, ensuite avec tous deux 13 % les responsables projet et les tehnico-commerciaux, enfin avec 12 % le groupe des techniciens. Le reste des visiteurs est éclaté entre plusieurs groupes de professions[27]. En terme de secteur d'activité, l'origine de visiteur la plus représentée est le groupe "Industrie pharmaceutique" qui représente 35 % de l'ensemble des visiteurs[28].

     

    La fourniture de sécurité dans le domaine de la production de médicaments prend la forme de salle blanche, de filtres, de produits ménager spéciaux ou encore de combinaisons de travail particulières. Le but de la démarche s'entend par la volonté de contrôle des différents éléments potentiellement porteurs de danger au sein des unités de fabrication.. Les ingénieurs qualités rédigent sous la forme de fiches techniques les recommandations applicables à chaque tâches de travail.

     

    En fonction de ce degré d'exigence, le recours à des équipements particuliers, notamment visible à l'occasion du salon Contaminexpo est indispensable. L'eau est par exemple l'objet de nombreux contrôles. Il s'agit comme pour l'air, d'arriver à un niveau de pureté du liquide suffisant pour réaliser les opérations de fabrication dans des conditions de sécurités satisfaisantes. La tenue des hommes est en troisième lieux à considérer comme un vecteur potentiel d'impuretés, de germes dont le transport d'un lieu à un autre des sites de production pourrait avoir des conséquences particulièrement dommageables.

     

    L'usage d'une qualité de matériel spécifique, d'une gamme d'outils réalisés sur mesure nécessite la connaissance des règles d'utilisation, des normes de réglage de chaque appareil. Les conséquences d'un usage hasardeux seraient de rendre d'une part caduque les investissements financiers consentis et d'une autre part d'exposer les clients des industriels à des risques d'ordre sanitaire. Le concept de pharmacovigilance est ici au coeur de l'ajustement des équipements et des gestes effectués au travail. En somme, la maîtrise du matériel utilisé apparaît comme un savoir indispensable pour prétendre occuper un poste de conducteur d'appareil au sein de l'industrie chimique.

     

    Le chemin du centre de formation pour devenir un CAIC

     

    Les candidats porteur d'un diplôme acquit au sein d'une filière CAIC sont formé dans ce sens. L'enseignement reçu comprend en effet l'apprentissage, le plus souvent en milieu professionnel, du mode de fonctionnement, de l'utilisation des instruments dédiés à la sécurisation des sites de travail et des travailleurs. Mohammed âgé de 26 ans se souvient de "l'époque BEP CAIC". Ce dernier a suivit une formation selon le mode de l'apprentissage au sein du Lycée professionnel de Mérignac durant les années 2000/2002. Pour Mohammed : "le CAIC c'est bien complet, tu vois plein de truc, plein de techniques mais surtout tu rentre dans le monde du travail". A l'époque Mohammed cherche à travailler, sans formation, peux de métiers lui sont accessibles.

     

    La solution de l'apprentissage s'impose alors comme une opportunité et la recherche du type de formation est effectuée en fonction des offres d'emplois disponibles. "Pour trouver un emploi je suis allé à l'ANPE de Limoges et j'ai regardé les offres d'emploi pour les apprentis". Mohammed trouve parmi les offres une demande d'apprentis pour un site de production industriel. "Le nom de l'employeur n'était pas écrit sur l'offre, il y avait juste les référence du LEP de Mérignac et le montant du salaire, je me suis dit que ça valais le coût d'essayer que c'était peut être une chance d'intégrer une grosse boite". Il s'agissait en fait de l'usine Asta-Médica implantée dans la ville de Mérignac.

     

     

    A l'époque l'usine recrute des apprentis par le truchement du lycée professionnel, ces derniers ayant par la suite la possibilité de devenir employé de l'usine. Pour Mohammed, le passage par la formation BEP CAIC marque le début d'une carrière dans l'industrie chimique.

     

    "Au début c'était très dur, je ne connaissait rien, tout le monde me criaient dessus. Le travail c'était de nettoyer les machines, de serrer les vannes lorsque la pression était trop faible, il y avait plein de truc à faire. Disons que j'ai arrêté l'école tôt et que bon pour trouver un travail stable c'était pas évident. Du coup bah les usines du coin elles recrutaient tout le temps. J'avais plein de potes qui travaillaient chez Asta-Medica comme embauché, ça payait bien et puis t'avait les heures de nuits les primes et tout. Je suis rentré au LEP à Mérignac et j'ai passé le CAIC car pour bosser là-bas c'était obligé ou alors fallait avoir son Caces. (...) Je suis rentré comme apprenti chez Asta-Medica par le lep qui avait une liste de patron pour les CAP CAIC. Franchement j'ai bien appris à l'école mais surtout à l'usine"

     

    Mohammed va obtenir le diplôme de CAP CAIC et au terme de son contrat d'apprentissage être employé pour une durée de quatre ans par Asta-Medica[29]. Ce groupe est à l'époque spécialisé dans le conditionnement de préparations médicamenteuses sous la forme d'ampoules, le nombre d'employés sur le site de Mérignac correspond alors à un effectif d'environ 250 personnes - en 2000.

    A propos du contenu de la formation, de l'utilité des gestes appris, des procédures étudiées en milieu scolaire, Mohammed me précise les points de filiations entre l'appareillage des entreprises locales et l'appareillage disponible au sein du Lycée professionnel. En un sens, la filière de formation effectuée par apprentissage garantie à l'employé une connaissance des techniques utilisée dans l'usine constituant le lieu d'apprentissage.

    Parcours de Mohammed

     

    - 2008/2009 Missions intérimaires, région toulousainne

    Opérateur CAIC

    - 2006/2007 Isochem, Toulouse (intérim)

    Opérateur de production

    - 2004/2005 Soferti, Bordeaux (intérim)

    Opérateur de production

    - 2002/2003 Asta-Médica, Mérignac (CDD)

    Opérateur de production

    - 2000/2002 BEP/CAP CAIC au Lycée professionnel de Mérignac

    Apprenti CAIC Asta-Médica

     

    Comme nous l'évoquions à propos du salon Contaminexpo, le savoir-faire en matière de maintenance, d'utilisation des différents équipements de protection, de contrôle des chaînes de fabrication est un préalable à toute embauche. Le candidat à un poste d'opérateur au sein d'une usine de fabrication de médicaments doit donc acquérir des connaissances soit en acceptant d'être pour une durée de deux ans traité selon les conditions, le statut relatif à l'apprentissage soit a défaut, le candidat doit disposer d'une formation alternative notamment à propos de l'usage de certains appareils.

     

    Dans ce contexte au sein du salon Contaminexpo plusieurs stands sont consacrés à la promotion de formations. On trouve là un certain nombre de lycées professionnels proposant une filière CAIC mais pas seulement. Au côté de cette offre officielle et pourrait on dire nationale, des sociétés issues du secteur de la prévention des risques industriels proposent de former les individus à l'utilisation de matériels spécifiques. Le contenu des cours de ces formations dont la durée varie de quatre à vingt heures est axé sur le matériel.

     

    Il s'agit, contre rétribution, de permettre au public intéressé de s'initier au fonctionnement de dispositifs tels que la salle blanche ou salle propre. Ce type d'offre ramène la mission de l'opérateur de production à des tâches purement techniques en matérialisant un lien entre hommes et machines là où l'apprentissage réunit hommes et usines.

     

    Les professionnels de l'industrie pharmaceutique et de manière plus large les professionnels de l'industrie chimique on à disposition via les filières d'apprentissages une réserve d'agents importante. En sus, le temps d'apprentissage fixé – pour les CAP et les BEP – à deux années permet aux employeurs de compter sur un coût de la main d'oeuvre réduit pour tous les membres du personnel employé à des tâches selon les conditions définies par les termes des contrats d'apprentissage.

    II L'étape du recrutement par le travail intérimaire

     

    1 Les parcours comme supports de recrutement pour les employeurs

     

    Comme nous l'évoquions plus haut, une part non négligeable des embauches d'opérateurs de production est effectuée en amont de la chaîne de recrutement classique, au niveau des lycées professionnels. Ainsi, le système d'apprentissage peut être objectivé comme une première voie de sélection des opérateurs de production. Ce mécanisme assure une réserve de main d'oeuvre permanente et régulière - à raison d'une promotion par an et par établissement – aux industriels positionnés dans le secteur de référence.

     

    On relèvera également, en plus du dispositif des lycées professionnels à destination d'un public jeune, la possibilité pour les adultes de suivre un apprentissage CAIC au sein des établissements de formation destinés uniquement à un public constitué de personnes majeures. Les AFPA – Association pour la Formation Professionnelle des Adultes – ou les GRETA – Groupement d'Etablissements Publics – constituent les pierres angulaires du réseau de formation professionnelle à destination d'une catégorie d'élèves adultes.

     

    Le rôle d'opérateur : exposé aux risques spécifiques de l'environnement industriel

     

    Les filières d'apprentissage ne constitues pas le seul levier à disposition des entreprises pour parvenir à pourvoir tout les postes de travail. En effet, à l'image de Mohamed, la plupart des opérateurs de production, certifiés comme tels par un diplôme remis à l'issue d'un parcours CAIC, ne conserve pas le même employeur tout au long de leur parcours professionnel. Dans le cas de Mohamed, le parcours professionnel est marqué par les passages répétés d'une entreprise à une autre. Cette mobilité par rapport aux employeurs s'inscrit dans un jeu de restructuration des différents sites de production utilisant des process chimiques.

     

    Ces mouvements sont effectués notamment par rapport à une prise de conscience de la part des autorités des risques environnementaux. "Ces risques sont liés aussi bien aux usines chimiques, qui fabriquent dans ou près des villes des substances chimiques toxiques. Les catastrophes de Sévéso, près de Milan et de Bhopal en Inde sont encore dans les mémoires, mais l'incendie d'une usine chimique à Bâle et les déversements dans le Rhin d'eaux contaminés fut aussi une grande catastrophe écologique, comme les marées noires provoquées par les échouages de pétroliers géants[1]".

     

    Cette synthèse réalisée par un duo de géographes marque la pluralité des risques inhérents aux installations industrielles utilisant des matières ou des procédés risqués. L'intervention des CAIC sur les sites s'inscrit, en parallèle de la mutation géographique, également dans le cadre de programmes renforcés de prévention des risques.

     

    A l'image de l'usine Asta-Medica située à Mérignac, de nombreux sites sont installés en zone urbaine et souffrent ainsi de leur position centrale devenue, par le prisme des autorités et le choc des accidents, une localisation à risque. Dans le même temps, en sus de nouvelles contraintes légales ayant pour but de réduire les risques d'accidents industriels, les groupes acteurs dans le domaine industriel - plus particulièrement dans le secteur de l'industrie pharmaceutique - sont soumis à de fortes contraintes en terme de rentabilité.

     

    Ce double mouvements se traduit par le regroupement des activités industrielles sur des aires réservées avec, dans le même temps, une course à la taille poursuivis par le moyen de processus complexes de fusion-acquisition des groupes opérant dans le secteur de l'industrie pharmaceutique. Il s'agit pour les groupes forts d'une taille suffisante d'être en mesure de mobiliser les capitaux nécessaires à la production de médicaments selon les normes en vigueur mais également en tenant compte des exigences de qualité de la part des consommateurs.

     

    Comme nous le relevions plus haut, le secteur de la production de médicaments est l'objet depuis les années 1970 puis, durant les années 1980/1990 de fortes tensions. Pour conquérir les marchés, les entreprises doivent respecter des cahiers des charges toujours plus strictes, toujours plus normatifs. Dans les faits, les normes se superposent sous la forme d'un mille-feuilles administratif contribuant à composer des référentiels de tâches très normalisés à destination notamment du personnel CAIC. Par là, le travail des hommes est soumis à un auto-contrôle permanent dans le cadre duquel des audits sont programmés. Ces opérations relèvent aussi bien de contrôles internes aux entreprises que de contrôles légales externes à celles-ci.

     

    Les états et groupes d'états s'organisent en ce sens et interviennent comme une barrière incontournable posée entre les producteurs de médicaments et leurs clients : les consommateurs usagés de médicaments. Pour les nations, il importe de conserver une industrie pharmaceutique puissante et cela aussi bien en terme de qualité, via la création de l'offre de normes, mais également, en terme de capacité de production. Cet intérêt des états pour l'industrie pharmaceutique dépasse le simple rôle d'arbitre social.

     

    En effet, il est nécessaire pour les nations de conserver coûte que coûte un dispositif de production de médicaments opérationnel et par là d'acquérir une indépendance suffisante en matière de fourniture médicale. Comme dans le cas du secteur de l'énergie, le secteur de l'industrie pharmaceutique représente une structure nécessaire, à maintenir à tout prix sur le territoire. Cette nécessité de l'état de disposer d'une sorte d'autonomie sanitaire se traduit par une situation paradoxale pour les industriels du secteur. Ces derniers sont en effet, pour leur importance stratégique, surveillé de près par l'état. Dans le même temps, les groupes de l'industrie pharmaceutique jouissent d'une marge de manoeuvre importante notamment à propos des modes de gestion des sites et plates-formes de production.

     

    Si le secteur de l'industrie pharmaceutique ne bénéficie pas de règles sociales, professionnelles légales particulières, ce dernier apparaît comme relativement protégé par rapport aux pressions de l'état et des collectivités en terme de maintien de l'emploi. La forme juridique des groupes et leurs dimensions transnationales induit pour l'état une nécessaire politique de cogestion de la ressource médicament organisées entre les états et les groupes industriels. Dans ce cadre, les évènements, les restructurations du secteur sont, avant d'être des faits sociaux, des faits politiques.

     

    De l'intervention étatique à l'éclatement des carrières d'opérateurs

     

    Non que les syndicats des sites visés par un plan social restent impuissants face aux évènements en cours, mais plutôt que comme dans le cadre du démantèlement des mines des Houillères de Provence[2]– Houillères de bassin du Centre et du Midi - ; les moyens mis en jeux dépassent les mensurations d'une restructuration classiques de site industriel. L'interventionnisme est motivé par les enjeux nationaux de ces crises qui dépassent le sort des travailleurs concernés ou l'impact économique attendu en retour de la restructuration.

    Dans le cas des Houillères de Provence, l'entreprise était un établissement devenu public en 1949. Cette nationalisation des mines de charbons marque à l'époque l'intérêt de l'état pour la maîtrise d'un secteur marqué par son importance stratégique. Le cas contemporain de l'industrie pharmaceutique, bien qu'organisé sur des bases privés rappel celui des mines dans la mesure où incluant dans l'activité même des intérêts stratégiques de la plus hautes importances.

     

    Les salariés des entreprises doivent composer avec ces conditions de travail entre incertitude et sentiment de protection. Rares sont les sites de production de médicaments installés en un même lieu ou gérés par un même groupe sur une longue période – excédent dix années. En ce sens, les employés des usines ont peu de chance de conserver un même employeur ou un même lieu de travail tout au long de leurs carrières.

     

    De la sorte, l'opérateur de production ballotté de site en site – parfois pour le compte du même employeur – ne peux construire une affinité trop forte avec son poste de travail, ses conditions de travail ou avec ses collègues. Dans la plupart des usines françaises des points de ruptures marquent l'instabilité relative du secteur. A l'inverse, un employé présent sur un même site tout au long de sa carrière aura souvent eu à connaître plusieurs patrons comme autant d'entités ayant eu à assurer la gestion de "son" outil de travail".

     

    Le désir de mobilité des individus et la volonté de rapprochement de ces derniers avec leurs "domiciles rêvés" explique en partie le turnover constaté à propos des opérateurs de production. L'éloignement fréquent entre le domicile d'habitation souhaité par les détenteurs de diplômes CAIC et les entreprises potentiellement demandeuses de ce type de profil s'entend par la concentration de plus en plus importante des établissements mettant en jeux des processus chimiques dans des zones très précises.

     

    L'urbanisme sécurisé comme ultime élément de mobilité des usines de production

     

    Si certains bassins industriels sont organisés de longue date en zone industrielle comme c'est le cas en proche banlieue lyonnaise ou encore aux abords de la ville provençale de Fos-sur-Mer. D'autres sites apparaissent plus isolés avec des entreprises dispersées sur le territoire et parfois incluse dans un environnement hyper-urbain.

     

    Dans d'autre cas, c'est la ville qui rejoint les zones industrielles historiques. Les entreprises doivent alors faire place net. Du reste, l'objectivation des risques, des nuisances occasionnées par les sites industriels s'opposent au degré d'attachement, parfois très fort, des populations par rapport à leur usine, à leurs emplois. Ce cas de figure est latent dans les communes où un établissement spécifique assure le rôle symbolique "d'employeur historique".

     

    L'usine historique Arkema de Château-Arnoux devenue une étrangère

     

    Châteaux-Arnoux, ce village proche de Manosque n'est-il pas rythmé depuis l'été 1916[3]par les sifflets de son usine qui fut un temps dédiée à la fabrication d'armes chimiques. Du reste les activités menées à des fins militaires sont vite abandonnées pour des productions de biens plus classiques comme de l'eau de Javel ou encore de l'ammoniac.

     

    Les effectifs de l'usine dépassent les 1000 ouvriers en 1918, l'activité est alors admise par tous comme florissante et en pleine expansion. Pour preuve, l'usine va construire durant cette époque près de 1000 maisons pour accueillir les générations de travailleurs nécessaires aux installations. De nos jours, le site propriété du groupe Arkema est en déclin avec un effectif de 358 salariés ce qui correspond à une division par trois du nombre des travailleurs entre les années 1910 et 2004.

    Ces derniers menacés de perte d'emplois sont suspendus à un hypothétique mais de moins en moins probable[4]transfert des hommes vers le projet Silpro[5]. Cette nouvelle opportunité de retour de Châteaux-Arnoux dans le paysage industriel aurait pour finalité la production de silicium destiné à la fabrication de .cellules photovoltaïques.

     

    A l'heure actuelle et malgré la construction d'une partie des infrastructures nécessaires à la production de cette matière, les investisseurs semblent avoir jeter l'éponge, laissant la cité exsangue entre les restes anciens et plus modernes des différentes et temporaires expériences industrielles.

     

    L'exemple de l'usine Sanofi Aventis d'Aramon : l'illusion d'un bastion historique

     

    A en croire les discussions qui s'animent au café à l'heure des embauches et des débauches, l'usine d'Aramon semble régler la vie de ce village. Aramon est situé au bord du Rhône, à une quinzaine de kilomètres de la ville d'Avignon. La cité forte de 3772 habitants – recensement 1999 - vit comme Châteaux-Arnoux à l'heure de son usine, au rythme de la fabrication des médicaments de l'usine Sanofi. Pourtant ce type de site, sorte de mémoire collective de villages ou de quartier, est en voie de disparaître au profit de sites plus éphémères en terme de temporalité, d'activités menées, de site plus changeant en terme de propriétaire à tout le moins en apparence.

     

    Du reste, même si la vocation du site n'a pas changée, les termes de sa propriété ont pour leurs part fluctués. En effet, en 1962, le site est la propriété du groupe Clin-Byla[6]qui en association avec la famille Kieffer ont édifiés à Aramon le site d'Opiasson. Ce site est construit à l'époque pour remplacé celui de Algeropia qui basé en Algérie est devenu extérieur à la France à partir de 1962. Comme le nom de cet établissement l'indique, les activités sont basées sur la production de produits chimique à partir d'opiacés.

     

    Un temps allié au groupe Pfizer, le groupe Clin-Bela fusionne avec le groupe Mydi. De cette union né Mydi-Bela qui très vite se meus prenant alors les traits du groupe C. M. Industrie - en 1971. Enfin, en 1980 le groupe spécialiste dans la transformation chimique de produits opiacés est absorbé par le groupe Sanofi donnant au lieu son identité actuelle.

     

    Pour les salariés des entreprises et notamment pour les personnels CAIC, le plus souvent embauchés sous le titre d'opérateur de production, le paramètre de mobilité devient inhérent à l'exercice du métier comme l'ébauche des contours d'une profession.

     

    Le modèle des multifirmes, une alternative aux sites de production historiques

     

    Les parcours professionnels couchés sur le papier révèlent la pluralité des employeurs, des postes de travail occupés et parfois la diversité des lieux d'exercice du travail. En effet, dans un premier temps les agents de production sont embauchés directement par les entreprises. Ce principe d'emploi en direct des salariés par les groupes propriétaires des usines de production perdure jusqu'au milieu des années 1980 dans la mesure où la solution alternative que constitue le travail intérimaire reste dans un premier temps très peu développée.

     

    Le lien entre hommes et lieux de travail ressort affaiblis par la volatilité du personnel en lien avec la position fluctuante des usines de production en terme géographique ou en terme d'identité. Les employés sont souvent contraint au départ de ce qu'ils avaient cru être leur usine ou à accepter la présence d'un nouvel employeur. Pour les plus anciens, c'était parfois même "l'usine où avait travaillé leur père". Dans certains cas et notamment pour les usines positionnées dans les centres urbains c'est la fermeture pure et simple des sites.

     

    Ces usines abandonnées, terres stériles, viennent alors grossir la longue liste des friches industrielles, véritables pendants des villes ayant connues un processus d'industrialisation précoce. Le cas de l'usine AZF[7]de Toulouse est à ce titre tout à la fois emblématique et atypique. Emblématique tout d'abord dans la mesure où les motifs de la fermeture du site sont justifiés par le très grave accident industriel survenu sur place[8]en 2001. Atypique ensuite car en effet, cette usine ouverte en 1921, était à la date de son inauguration isolée car située à plus de cinq kilomètres au sud du centre de l'agglomération toulousaine.

     

    Cette distance entre le centre urbain et l'usine est à l'époque très raisonnable mais celle-ci a été considérablement réduite au fil du temps dans le cadre d'une progression programmée de la ville en direction du sud. En marge, la pression foncière endémique aux centres-ville marqués par la modernité pousse les collectivités urbaines à un désengagement choisi, progressif du tissu industriel. En particulier celui tissé au coeur de zones à présent jugées comme inadaptées à la poursuite d'activités de production industrielle.

     

    Du reste, la gestion des zones industrielles faisant l'objet de classement en zone à risques - type Seveso - est de plus en plus souvent pilotée par des organismes nationaux via les réseaux de normes et de représentants d'organisations – type DRIRE - chargées de leurs applications. Là où les entreprises industrielles étaient objectivées comme un cadre historique, une ressource acquise aux villes, aux villages ou à une région définie, un transfert symbolique s'est opéré caractérisé par les interventions étatiques en temps de crise.

     

    Carrières croisées : de Auguste à Mohammed deux générations de CAIC

     

    Sur ce point, nous évoquions plus haut quelques unes des raisons ayant conduits à une relative hétérogénéité du maillage industriel actuel sur le territoire. A côté des phénomènes de mobilité classique de la main d'oeuvre, la longévité de celle-ci au sein des entreprises semble contrainte par la faiblesse des possibilités offertes aux opérateurs embauchés. La limitation des perspectives de carrières ou d'évolutions au sein des groupes de l'industrie pharmaceutique depuis le niveau d'opérateur de production s'entend par une observation des parcours professionnels des opérateurs de production comme par l'état d'instabilité temporelle des usines de production de médicaments.

     

    Pour mettre en perspective d'éventuels points de ruptures, nous reconstituons des parcours professionnels réalisés par d'anciens CAIC. Pour y parvenir nous utilisons comme entremetteur les ressources de communautés virtuels organisées par des groupes spécialisés dans la mise en relation d'individus notamment par rapport à leur parcours scolaires ou professionnels[9]. L'un des buts affiché par ces nouveaux médias est la volonté de parvenir à reformer en cohortes sur des supports virtuels des groupes d'anciens élèves. Les informations sont recueillies puis articulées en listes de lycées - professionnels ou non - auxquelles sont rattachées des fiches individualisées mettant en perspective le parcours des individus ici représentés pour leur qualité d'anciens élèves.

     

    Sur la plupart des fiches rattachées à des individus ayant suivit une filière de type CAIC au sein de lycées professionnels on peut constater une forte mobilité des individus par rapport à leurs parcours professionnels. En effet, les fiches sont présentées à la façon de curriculum vitae donnant ainsi la possibilité de percevoir un ensemble varié de trajectoires professionnelles.

     

    Mohammed E., dont nous reprenions les propos plus haut, appartient à cette génération de CAIC qui depuis la période de l'apprentissage est "passé de boite en boite" au gré des offres d'emplois disponibles. De l'aveu même de Mohamed E., "les agences d'intérims ont assuré sa [ma]carrière jusqu'à présent". "A la fin de chaque mission, qui parfois se renouvelaient cinq fois de suite, je ne savais jamais si j'allais retourner dans la même boite ou attendre d'être embauché par une autre (...) dans tous les cas j'ai jamais attendu longtemps avant de retafer..."

     

    Le parcours recomposé de Auguste C. : de la mine à l'usine chimique

     

    Auguste C., membre d'une communauté semblable à "Copains d'avant", appartient à une génération de CAIC bien antérieur à celle de Mohammed E. Mais les conditions de son parcours, de l'exercice de son travail sont-elles pour autant si différentes ? Auguste C. se présente[10]comme "un retraité Arkema Carling". Cet homme de 59 ans a suivit une des premières formations CAIC dès 1977 au Lycée de Saint-Avold dans le département de la Moselle. Sa vie professionnelle débute très jeune.

    A l'âge de 14 ans, Auguste C. est "apprenti piqueur de roche" au fond d'une des mines de charbon exploitée à l'époque par la Société des Houillères du Bassin de Lorraine – intégré dans le processus de nationalisation évoqué par avance. On est alors en 1967, Auguste C. au terme de la période d'apprentissage de deux années devient un mineur à part entière. Par la suite, le secteur minier décline en France réduisant très nettement la valeur du savoir-faire acquis mais également de la qualification, des gestes appris là-bas, au fond par Auguste C..

     

    Auguste C. s'essaye alors à de nouveaux métiers dans d'autres secteurs d'activités. Succinctement et dans un premier temps, Auguste C. travail dans le bâtiment où ce dernier exerce la fonction de coffreur. Par la suite et de manière plus durable, Auguste C. réintègre le secteur industriel. Sa nouvelle mine, Auguste C. la trouve tout d'abord en qualité d'ouvrier au sein d'une usine de production et d'assemblage d'automobiles. Après cette expérience, Auguste C. retourne sur les bancs de l'apprentissage mais cette fois-ci ce sera en qualité d'apprenti-ouvrier de production au sein de l'usine Ugilor.

     

    Ugilor est dans un premier temps un établissement indépendant puis intègre par la suite un groupe qui assure la fabrication de nombreux produits chimiques. Le libellé du diplôme préparé est le BEP CAIC - brevet d'étude professionnel conducteur d'appareil en industrie chimique. Auguste C. ressort, à l'issue de sa période d'apprentissage, diplômé CAIC. A partir de là, ce dernier va enchaîner les employeurs qui pour la plupart sont d'anciens ou d'actuels grands groupes acteurs dans le secteur de l'industrie chimique.

     

    Parcours de Auguste C.

     

    - 2004/2006 Arkema, Saint-Avold

    Technicien – Prévention sur la plate-forme chimique -

    - 1994/2002 HGD Marienau, Forbach

    Animateur sécurité

    - 1990/1994 Elf-Atochem, Carling, Saint-Avold

    Technicien Agent de maîtrise de fabrication -

    - 1985/1990 Norsolor, Saint-Avold

    Agent de maîtrise de fabrication

    - 1978/1985 Norsolor, Saint-Avold

    Ouvrier-apprenti CAIC

    - 1977/1972 Ugilor, Saint-Avold

    Ouvrier de production

    - 1971/1972 Ford Werke Saarloius, Dillingen

    Ouvrier de production

    - 1971 Muller frères, Boulay

    Ouvrier de production

    - 1969/1970 Houillères du Bassin de Lorraine, Freyming

    Ouvrier de production au puits

    - 1967/1968 Houllières du Bassin de Lorraine,Freyming

    Apprenti-mineur

     

    Le parcours d'Auguste C. est caractérisé par une série de ruptures en terme d'employeurs comme en terme de postes occupés. Dans un premier temps, le secteur minier est envisagé comme porteur de possibilités s'agissant de construire une carrière professionnelle. Le recul de l'activité carbonifère en France réduit à néant cette perspective. Le passage à l'industrie chimique marque pour Auguste C. la reprise d'une activité effectuée par l'entremise d'une formation. Le diplôme de BEP CAIC reçu en 1978 par Auguste C. au sein d'Ugilor va influencer profondément tout le reste de son parcours professionnel.

     

    La modernisation à marche forcée de l'industrie comme co-constructeur des carrières

     

    Dans un premier temps employé en qualité d'opérateur de production, Auguste C. est au terme de plusieurs années de travail et après avoir connu une succession d'employeurs autorisé à accéder à des positions de travail qui selon les intitulés dépassent la simple position d'opérateur de production. Il s'agit chez Elf-Atochem par exemple de veiller à "la maîtrise de la production" puis d'effectuer pour le compte d'Arkema des missions liées à "l'organisation et au contrôle de la sécurité sur les sites".

    Si l'aspect haché du parcours d'Auguste C. semble symboliser une forte mobilité du salarié, ces ruptures dans le curriculum vitae sont dans les faits représentatives de l'instabilité récurrente des structures industrielles des groupes en terme d'identité, de nationalité ou de formes juridiques. En effet, comme nous le verrons, Auguste C. a connu au bout du compte un nombre restreint d'usines.

     

    Le site de Saint-Avold – portant le nom du village - renommé par le groupe Elf-Atochem "Carling[11]" en 2004 a été quasiment pour Auguste C. l'unique lieu de travail en qualité de personnel CAIC. Les changements intervenus au sein des groupes industriels pour le contrôle ou la cession de l'établissement ont à eux seuls modelés le parcours professionnel des opérateurs de production de l'usine et parmi cela : le parcours d'Auguste C.

     

    En lieu et place des entreprises unifirmes au sein desquelles l'établissement représentait "une unité économique possédant une certaine unité de gestion et indépendance d'action[12]", les entreprises multifirmes "combinent plusieurs fonctions de production sous l'autorité d'un seul pouvoir de décision". Ainsi, là où l'usine, "l'établissement était définit par sa localisation"[13]et jouissait d'une autonomie certaine, l'établissement membre d'un groupe multifirme est soumit à une autorité extérieure au site qui"peut conférer à certaines unités de production les personnalités morales : d'usines, de laboratoires..., pour des raisons fiscales, financières ou d'organisation tout en les soumettant étroitement à son autorité[14]".

     

     

    En ce sens, le regroupement des entreprises par des processus de fusion-acquisition relativise la puissance des usines de production en terme symbolique. L'idée d'un modèle d'usine-institution dont les marges de manoeuvre seraient importantes s'efface au profit d'un modèle au sein duquel les sites de fabrication ne sont qu'un élément - révocable à tout moment - du dispositif, un simple outil de production.

     

    Dans le secteur de l'industrie pharmaceutique ce schéma est appliqué. Ainsi, de nombreux sites de production comme de distribution de médicaments[15]passent fréquemment d'un groupe à un autre. Par voie de conséquence, les parcours des agents restés travailler sur le même site sont caractérisés par la pluralité des employeurs, des noms de groupes ayant en charge le versement du salaire des hommes.

     

    L'adaptation du tissu industriel entre modernité et désaffiliation des individus

     

    En effet, si le parcours d'Auguste C. apparaît comme haché, marqué par des ruptures en terme de lieux, de poste de travail ou d'employeurs, à y regarder de plus près la situation est bien différente. Employé à la Société des Houillères du Bassin de Lorraine en tant que jeune apprenti-mineur, Auguste C. travail déjà au sein d'un groupe de l'industrie chimique alors à l'état de gestation. En effet, en 1954 le groupe Ugilor est créé par le regroupement de plusieurs sociétés souhaitant "profiter du développement considérable de la houille[16]". Les trois sociétés qui s'associent pour créer le groupe industriel nommé Ugilor sont les Houillères du Bassin de Lorraine, la sociétéUgine[17]et une entreprise nommée S.P.A. - Société des produits azotés[18].

     

    L'usine du quartier de Carling basée au nord de la commune de Saint-Avold est mise en service en 1954. Auguste C. pour sa part intègre le site dès l'année 1972 profitant de l'ancienneté acquise au sein du nouveau groupe depuis le fond des mines des Houillères du bassin de Lorraine. En 1977 Ugilor devient Norselor et par voie de conséquence, Auguste C. acquiert alors le double statut d'ex-agent de chez Ugilor et de nouvel agent de chez Norselor. En 1988, les groupes Norselor et Cdf chimie EP fusionnent pour donner naissance au groupe Orkem.

     

    Cet épisode n'apparaît pas sur la présentation du parcours d'Auguste C. dans la mesure ou dès 1990, le groupe Elf-Atochem absorbe Orkem. Cette omission d'une des étapes professionnelles marque la forte diversité des groupes ayant eu en charge de gestion la plate-forme industrielle de Carling. Selon son curriculum vitae, Auguste C. devient à partir de 1994 directement un employé de Elf-Atochem et cela jusqu'en 2004 année où est créé le groupe Arkema qui marque l'entrée d'Auguste C. dans une nouvelle aventure industrielle.

     

    Le parcours d'Auguste C. est asservi à des changements continuels de formes, d'identités et d'aspects de la part de ses employeurs. Alors que le lieu de travail reste inchangé, les exploitants du site se succèdent redistribuant à chaque transition les conditions et définitions des postes de travail. Cette valse des industriels au sein des sites de production tend à objectiver les usines comme de simples outils de production mobilisés sur une période réduite et par rapport à des usages et des objectifs limités.

     

     

    La perte de valeur des sites historiques face aux atouts des espaces occupés à discrétion

     

    La production de médicaments qui nécessite l'usage de nombreux procédés chimiques, entre dans ce type de schémas dans la mesure où les unités de production et même – comme nous l'avions exposé l'année dernière à l'occasion d'un travail de recherche – les unités de distribution de médicaments sont fréquemment l'objet de ventes et de reventes entre les différents groupes opérant dans le secteur de l'industrie pharmaceutique.

     

    Les usines de médicaments correspondent pour les industriels à des bases depuis lesquelles peuvent être assemblé les médicaments dans le respect de cahiers des charges spécifiques à chaque marché. La gestion des sites d'assemblage et de leurs particularités en terme technique, environnemental ou géographique est effectué en liaison avec la demande des industriels.

     

    Hormis certains sites dont la production est consacré aux produits d'une seule et même marque depuis l'ouverture de l'usine, la plupart des sites sont utilisés pour un temps donné correspondant à une série d'arbitrages aux paramétrages extrêmement complexes. Les groupes de l'industrie pharmaceutique disposant le plus souvent de plusieurs sites de production ne conservent en général qu'un site historique comme celui de Schering Plough a Hérouville-Saint—Clair, propriété du groupe depuis 1967[19].

     

    La perte d'un brevet tombé dans le domaine public ou la concurrence d'un nouveau génériqueur peuvent être autant de motifs pour une redistribution des moyens utilisés par les groupes industriels pour maintenir ou améliorer leur position au sein de l'industrie pharmaceutique. Le secteur connexe de la chimie, à l'image du site d'Arkema à Carling est tout entier soumis au jeu de l'offre et de la demande classique exception faite de la complexité et des risques inhérents au fonctionnement des usines.

     

    Ces dernières apparaissent dans l'histoire des groupes industriels comme faisant l'objet d'âpres convoitises lorsque un avenir radieux est assuré. Ainsi, la construction de l'usine de Châteaux-Arnoux par exemple était réputée comme un investissement de choix par les fabricants de gaz de combat chimiques particulièrement utilisés au début du siècle. Après cette période de succès industriel vont alterner des période durant lesquelles le site est tantôt porteur de richesse, tantôt réduit à un carcan de vannes et de tuyaux devenus inutiles : un véritable boulet.

     

    Toute la question pour les industriels est alors de trouver au moment de l'épuisement de l'activité historique du site d'autres débouchés. La problématique récurrente qui se pose questionne les moyens, les coûts à admettre pour reconvertir des outils de production fortement normalisés, comme taillés sur mesure pour l'activité première.

     

    L'exemple du site Arkema de Carling, une plate-forme industrielle en leasing

     

    Dans notre exemple, il s'agit du site Arkema de Carling. Une plate-forme industrielle qui dans un premier temps fabrique des produits issus de la carbo-chimie – dans une période comprise entre les années 1950 et 1958. Puis, suite à une perte de vitesse de la houille, les repreneurs de l'usine investissent en 1958 dans une nouvelle unité de production dédiée à l'élaboration de méthacrylate de méthyle.

     

    Dix ans plus tard en 1969, le site de Carling est parmi les premiers à lancer une nouvelle ére industrielle dans le bassin de Lorraine : celle de la pétrochimie[20]. A partir de 1981, l'usine assure la fabrication d'acrylates[21]. Actuellement, le site de Carling, sous le contrôle d'Arkema[22], emplois 631 salariés. Les activités de l'usine sont surtout concentrées dans le domaine de la chimie dite intermédiaire. Il s'agit de produire pour les industriels des ingrédients - acide acrylique, esters acryliques, esters méthacryliques...-, nécessaires à la fabrication de produits courants tels que les peintures, les produits de beauté ou encore le Plexiglas.

     

    L'activité des usines du site de Carling et parmi elles celle du groupe Arkema sont fréquemment sujettes aux critiques des populations riveraines qui craignent, d'autant plus depuis l'accident du voisin Total, un nouveau drame industriel éventuellement plus important. Dans le même temps, le groupe Arkema à l'occasion de la présentation d'un projet de réorganisation globale de l'activité MAM[23]en date du 25 juin 2009 annonce une "réorganisation du site de Carling[24]".

     

    A terme "Arkema projette d'arrêter son unité de Carling pour concentrer sa production de MAM sur le site italien de Rho". A la suite, des chiffres sont donnés et notamment "la surpression de 163 postes sur le site d'Arkema Carling". La plate-forme de Saint-Avold, survivante des puissantes entreprises minières, semble une fois de plus plongée dans l'incertitude quant à son devenir.

     

    Paradoxalement aux conclusions pessimistes en matière d'emploi pour le secteur de Saint-Avold tenues à l'occasion de cette réunion officielle et interne au groupe Arkema, le groupe émet un message rassurant par le biais d'un autre support. En l'occurrence, une plaquette rédigée en date du 6 juin 2009 par Arkema Saint-Avold et intitulée "La filière méthacrylates de l'usine Arkema de Carling Saint-Avold procède à son arrêt triennal programmé[25]" délivre aux lecteurs un contenu plus rassurant que le compte-rendu de la réunion pourtant organisée durant le même mois.

     

    Ainsi, dès le titre sur la plaquette une mention précise le caractère programmé de l'arrêt de l'unité de production qui est qualifié par la suite dans le texte "d'arrêt réglementaire". Plus loin, un volet technique décrit la phase de contrôle de l'atelier MAM avec force de détail : "l'arrêt prévoit, entre autres, le contrôle intérieur de la sphère de stockage d'ammoniac, d'importants travaux de fiabilisation..." mais également "des travaux d'investissements très importants pour l'atelier HCN – acide cyanhydrique".

     

    Cette parution précise enfin que "jusqu'à huit-cent personnes seront présentes sur le chantier, appartenant à une cinquantaine d'entreprises". Des points de contradiction, de tension sont repérables entre les décisions prises au niveau de la gouvernance du groupe et le dialogue affiché au travers des publications du groupe.

     

    2. Un exemple de recrutement devenu courant : le cas des intérimaires

     

    Pour Auguste C., l'intégration professionnelle en milieu industriel et spécialement dans le rôle de CAIC s'est déroulée en continuation de la période de formation. La carrière d'Auguste C., à défaut d'être rectiligne en terme d'employeurs, reste articulée autour d'un site de travail quasiment unique. Mais quand est-il à l'heure actuelle ? Qu'arrive-t-il lorsque l'activité d'un site est définitivement stoppée ? Ce type de questions renvoi à s'interroger sur le caractère intrinsèque de mobilité lié à l'activité professionnelle des individus qui au sein d'usines participent à l'effort de production de l'industrie chimique.

     

     

    Le contexte de travail apparaît, plus que dans tout autres secteurs, soumis aux fluctuations des marchés mais également à la volonté des acteurs dirigeants de maîtriser les formes et contours du tissu industriel. En ressort un impératif pour les industriels, celui de disposer d'une main d'oeuvre adaptée, polyvalente, prêt à changer du jour au lendemain d'employeur ou de poste de travail.

     

    Le recours à l'intérim entre nécessité de terrain et vérité sociologique

     

    Afin de pénétrer le champ de l'industrie pharmaceutique et d'enquêter sur les tâches de production au-delà d'un contact bibliographique ou de campagnes d'entretiens, nous menons une longue phase de prospection des points d'entrée possibles sur ce terrain. L'un des problèmes récurrents pour trouver des portes déverrouillées est le manque d'accréditation. Cette carence peut être caractérisée par l'absence dans notre profil de toute licence ou de tout titre pour prétendre effectuer des stages au niveau de l'encadrement. Il s'agit pour accéder à de telles positions d'être inséré dans un parcours cohérent pour l'employeur comme une formation de pharmacien ou un cursus de médecine.

     

    Cette sorte d'exigence est valable pour la plupart des postes d'encadrement disponibles au sein de l'industrie pharmaceutique notamment dans le domaine de la production de médicaments. Cette barrière n'est toutefois pas totalement hermétique. En effet, aux profils de docteur ou de pharmacien cadres dans la production s'ajoutent les profils des commerciaux ou encore des individus affectés à la gestion des ressources humaines. Dans ces derniers cas, l'expérience en "milieu similaire dans de mêmes fonctions" ou la possession de diplômes spécifiques est indispensable.

     

    Malgré de nombreuses demandes, aucune opportunité intéressante n'a pu être trouvé pour pénétrer une unité de production de médicaments par le côté administratif. Cet état nous conduit à concentrer nos efforts sur la position d'opérateur de production. Il s'agit de proposer nos services en qualité d'ouvrier au sein d'une unité de production de médicaments. Cette voie d'accès peut permettre à notre sens de récolter des matériaux intéressants, de profiter du rôle d'ouvrier pour explorer plus au fond l'univers quotidien de travail.

     

    C'est en cherchant à appliquer cette stratégie d'enquête que nous constatons l'étanchéité des processus relatifs aux recrutements des petites mains de l'industrie pharmaceutique. Dans un premier temps, nous pointons la faiblesse du nombre d'offres d'emplois disponibles pour les activités de fabrication de médicaments. Pour le constater nous effectuons des comptages sur les différents supports proposant des offres d'emplois. D'une part nous relevons une concentration des offres d'emplois pour des positions d'opérateur de production sur certains médias, notamment des médias virtuels, et d'une autre part nous remarquons l'extériorité des sociétés citées dans les annonces adressées aux opérateurs de production par rapport au champ de l'industrie pharmaceutique.

     

    Ce constat masque en réalité une politique organisée de sous-traitance du recrutement exercée par les groupes opérant dans la fabrication de médicaments. La tâche du recrutement est confiée à des agences d'intérim, ces dernières disposant de sites internet relais ou partenaires chargés de diffuser le profil des individus recherchés par les industriels.

     

    Dans le cadre de la recherche d'un terrain d'observation nous ciblons une agence d'intérim à Marseille. Celle-ci d'après nos renseignements semble spécialisée dans le secteur de l'industrie chimique. En effet, cette officine de recrutement, enseigne de l'un des groupes leader dans le secteur du travail intérimaire, recruterait du personnel pour plusieurs usines et notamment pour le compte d'Oblixe : une usine marseillaise d'assemblage de médicaments. Un contact, rencontré en parallèle dans le cadre de notre recherche, occupe un poste important au sein de l'établissement Oblyxe. Affecté à la division ressources humaine, Mr R. est dans un premier temps intéressé par notre demande d'immersion au sein du système de production de médicaments.

     

    Mr R., sans rien nous promettre, envisage un temps de permettre notre venu en qualité de stagiaire. Très vite pourtant Mr. R. au fait des termes précis de notre recherche nous fait part de difficultés rencontrées auprès de sa hiérarchie. Pour ses responsables, la venue d'un apprenti-sociologue dans l'usine ne "représente pas d'intérêt mais plutôt des soucis". Par la suite, Mr R. nous indique l'existence de cette agence d'intérim marseillaise nommée Skell[26]; Cette agence, d'après Mr R "effectue le travail de sélection des futurs opérateurs d'Oblyxe". Pour Mr R. qui "essayeras d'appuyer notre dossier" les possibilités de collaboration s'arrêtent là, visiblement stoppées par la frilosité des dirigeants du site d'Oblyxe. Mr R. nous demande par la suite de ne pas évoquer son intervention dans le cadre de nos investigations.

     

    Nous décidons de suivre la piste d'Oblyxe pour l'envisager comme une fenêtre d'observation. Dans ce sens nous utilisons les recommandations de Mr R., ce dernier nous ayant indiqué une agence d'intérim où nous présenter en qualité "d'intérimaire intéressé par une mission chez Oblyxe". Suivant cette trame nous nous rendons à l'agence d'intérim Skell. Celle-ci est située dans une rue toute proche de l'usine Oblyxe.

     

    Le rituel du travail intérimaire au service des industriels comme analyseur

     

    Les premiers pas de l'intérimaire opérateur

     

    Nous sommes lundi, il est neuf heure, l'agence d'intérim Skell ouvre ses portes. A l'intérieur se trouve une femme postée derrière un bureau qui semble central. Plus loin dans une pièce adjacente ouverte sur la première par une porte vitrée se trouve un homme également installé derrière un bureau. Il n'y a personne d'autre. Rapidement les présentations sont faites : "Bonjour je suis Simon Lefranc, je viens postuler pour du travail chez Oblyxe". Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que mon interlocutrice a déjà entrepris une réponse : "bonjour, je suis Nathalie, je suis au courant de votre visite, bon vous cherché du travail chez Oblyxe. En ce moment je vous prévient, c'est calme".

     

    Apparemment, Mr R. n'avait pas communiqué les véritables objectifs de ma demande à l'agence d'intérim mais ce dernier m'avait tout de même recommandé comme un bon élément. Nathalie se montre rassurante à propos d'une embauche future en m'adressant d'un ton complice "vous le connaissez bien Mr R.". Gêné, je donne une réponse évasive, confirmant connaître la personne tout en restant flou sur la qualité de notre relation : "bien oui, il m'a dit que je pourrais enfin trouver du travail". Je réalise à ce moment précis l'incongruité de la situation des candidats désirant assumer des postes d'opérateur de production. Ces derniers sont en effet reçus dans un cadre tertiaire, ultra-urbain où seul quelques affiches ,assurant la promotion des "gestes qui sauves" ou de "l'ordre dans les ateliers" évoquent un univers industriel.

     

    Ma réponse installa comme une proximité avec Nathalie. Ce lien, construit sur la base de mes relations supposées avec l'un des cadre des ressources humaines de "l'un de [ces] mes plus gros client", était renforcé par ma présentation signifiant d'une réelle situation de chômage. En quelque sorte j'apparais dans un premier temps comme un ouvrier sans emploi aidé par une personne proche dans sa recherche d'emploi.

     

    La liste de pièces à fournir comme processus d'aliénation du travailleur

     

    A la suite, sortant une liasse de quatre documents, Nathalie m'invite à les remplir. Il s'agit de questionnaires liés à l'état civil, matrimonial ou encore au lieu de domicile. "Vous nous fournirez également les pièces justificatives inscrites sur cette liste[27]" me précise Nathalie. Après cette étape, Nathalie m'explique sa qualité d'unique interlocutrice et de m'indiquer "qu'il devrait y avoir du travail à la reprise de la saison". Cette entrevue se déroule au alentours du premier décembre, mon interlocutrice me précise à propos "que la production est moins importante durant les fêtes". De ce fait, Oblyxe utilise des intérimaires uniquement à partir de la fin du mois de janvier. Je signifie de mon intérêt pour cette échéance proche d'un mois puis prend congé. Une semaine plus tard je ramène les documents exigés. En constituant en dossier les quelques photocopies exigées la dépossession du personnel d'une part de ses capacités sociale apparaît évidente. Là où les employés d'une usine peuvent compter sur une gestion symbolique de leur dossier par la division administrative du site de travail, les intérimaires doivent se contenter d'une gestion particulière exercée en autonomie total du lieux de travail. En quelques sorte, l'intérimaire participe à un modèle où la dissociation entre les hommes et les sites et outils de production est consommé. Nous verrons par la suite à quel point le secteur de l'industrie chimique, la fabrication industrielle de médicaments est engagé dans le modèle du travail temporaire.

     

    Lorsque je pénètre dans l'agence peu après neuf heure, un homme est reçu par Nathalie. Je m'assieds sur les chaises pour patienter. Je profite de toute leur conversation : l'homme travaille chez Oblyxe. Il vient rapporter "ses feuilles d'heures", il y en a deux qui correspondent aux relevés des heures effectuées sur les deux dernières semaines. La remise des feuillet paraît machinal, un très rapide regard de Nathalie précède l'agraphage du document à une fiche bristol. Les heures de travail sont par le moyen des feuilles d'heures comme transportée du lieux d'exercice du travail, du point où s'effectue la tâche jusqu'à l'agence d'intérim. L'intérimaire doit se soumettre au-delà du lieu de travail à une autorité assurant le rôle de vérificateur, de banquier ou encore de planificateur des heures de travails réalisées

     

    D'après la conversation, l'homme revient tout juste du travail et devait donc être en poste de nuit. L'entrevue prend fin lorsque l'homme récupère des feuilles d'heure vierges[28]et souhaite de bonnes fêtes – en cette période de fin d'année – à son interlocutrice. Je tente immédiatement dans savoir plus : "il est chez Oblyxe lui ?". "Oui c'est un bon gars, il travaille bien, on le connaît, il est là depuis longtemps ça doit faire quoi, oui deux trois ans". Je demande ensuite à Nathalie si depuis tout ce temps cet agent enchaîne les missions pour le compte de l'usine Oblyxe. La réponse est donnée sans détour : "oh oui, là-bas il sont super content de lui". La conversation se poursuit puis Nathalie m'invite à récupérer une paire de chaussures de sécurité. Celles-ci sont neuves et disponibles à ma taille "gardez les précieusement comme ça dès que vous partez chez eux – Oblyxe – vous êtes paré". Je prend ce qui semble être un sésame.

     

    Un test formaliser pour rendre en un score de l'aptitude des futurs agents

     

    Vient ensuite l'invitation à passer un test. "C'est un test sur la sécurité alors concentrez-vous. De toute façon c'est très facile". Le test en question est présenté sous la forme d'un interface informatique, à la façon de l'épreuve du code de la route. Il s'agit de répondre à une série de questions par l'affirmative ou la négative. Ce test pose des problèmes liés à la sécurité des hommes, des installations et vise à déterminer le degré de connaissance des futurs intérimaires à propos des règles de sécurités objectivées comme importantes par cette enseigne d'agence d'intérim. On me précise que ce test comporte plus de cent-cinquante questions et constitue un support national pour le groupe possédant la filiale Skell de Marseille. Enfin, le passage de cette évaluation , véritable rituel intérimaire, doit au dire de Nathalie "au moins durer une bonne demi-heure".

     

    Pour ma part, mon test valide cette estimation, ce dernier est réalisé en une durée de trente-cinq minutes. Les questions posées vont de la plus évidente : "faut-il réparer un appareil électrique sous tension", jusqu'aux questions les plus élaborées à propos des techniques de maîtrise d'incendies industriels par exemple. A la fin du test, Nathalie m'annonce un score de huit-cent sur mille ce qui selon cette dernière constitue "un bon score". L'ultime étape avant l'embauche est le passage programmé à la visite médicale du travail. Celle-ci est réalisée la semaine suivante au frais de l'agence d'intérim. Je dois alors me présenter au bureau de la visite du travail qui est situé non loin de l'usine Oblyxe et de l'agence d'intérim Skell. Le bâtiment est de type industriel, c'est une usine reconvertie en espaces de bureaux, en espaces de consultation. L'attente est très courte, une dizaine de minutes, je suis rapidement reçu par un médecin du travail.

     

    L'étape d'initiation finale : la visite médicale pour les futurs "Oblyxe"

     

    Dans le cabinet du docteur, une imposante armoire métallique contient des dossiers pour la plupart marqués du nom d'une société, la société Oblyxe. Ce détail signifie de la puissance de cette entreprise dans ce secteur géographique médical. Le docteur procède à une visite classique mais insiste, comme pour me décourager, sur le caractère pénible du travail chez Oblyxe. "Vous savez, pour travailler là-bas, mieux vaut être en bonne santé, en plus les horaires de nuit en décalé sont très pénibles pour le corps". Je possède selon le diagnostic du docteur le profil de "manutentionnaire aguerri" et suis en conséquence déclaré apte pour le service chez Oblyxe. La visite prend fin sur un : "de toute façon vous ferez pas ça toute votre vie" adressé par le docteur. A ce propos une l'enquête Summer[29]2003 relève que les catégories de travail exposé en 1994 aux produits chimiques le sont encore plus nettement en 2004. La synthèse préliminaire de ce rapport souligne en outre les risques plus importants pris par les employés aux contacts des produits solvants ou tensio-actifs dans la mesure ou leur usage a augmenter de sept points entre 1994 et 2004.

     

    Au terme de ces formalités, l'accès au terrain semble tout proche et un éclairage a été apporté sur le mode de recrutement de la main d'oeuvre de l'entreprise d'assemblage de médicaments marseillaise. La cause et les conditions de mon intégration semble être entendu. Il convient de préparer mon arrivée sur le terrain. Il s'agit de prendre connaissance des tâches à effectuer, de saisir quelques uns des termes indigènes employés dans ce type de structure. Toutefois, cette opportunité de terrain ne se précise pas au fil des semaines malgré mes relances auprès de Nathalie qui m'avait préconiser de "me tenir au courant et de passer à l'agence".

     

    L'entente avec Mr R. semble ne pas avoir perduré au-delà d'un simple projet. Il est probable que celui-ci est décidé de reculer, de ne pas intervenir dans le processus de mon embauche et même, selon toute vraisemblance, d'empêcher celle-ci. Quoi qu'il en soit, cet échec met en exergue les difficultés d'accès au terrain.

     

    3 Les petites annonces, un paravent de la sous-traitance systématique des postes d'opérateurs

     

    Le passage par l'étape agence d'intérim apparaît comme une étape incontournable pour les individus projetant une carrière comme ouvrier de production. Si notre tentative d'insertion sur le terrain était basée sur un contact, les conditions de recrutement régulières s'effectue sur la base d'exigence formalisées sous la forme de petites-annonces.

     

    Les support des ces offres d'emplois sont comme dans les autres secteurs soit de papier par le biais de journaux soit virtuel par le biais de média-virtuel. En marge de ces deux circuits, les groupes de l'industrie pharmaceutique disposent sur leurs sites internet d'une rubrique le plus souvent intitulée "ressources humaines". La plupart des groupes affichent des ambitions de croissances en terme de personnel comme pour afficher la solidité de leur structure et pour envoyer un message rassurant aux personnels de l'entreprise.

     

    Dans les fait, le recrutement de personnels opérateur de production par les sites est effectué par l'entremise d'agences de recrutement particulière, les agences d'intérim. En marge, la notion de réseau peut se substituer à l'outil du travail temporaire, notamment dans le cadre des usines situées, comme celle de Château-Arnoux, dans des zones reculées ou peu peuplée.

     

    L'offre de poste d'opérateurs en usines pharmaceutique : un marcher réservé

     

    La recherche d'un emploi en qualité d'opérateur de production est comme nous le relevions plus haut, bien souvent menée au moyen de mécanismes tels que les réseaux constitués dans le cadre du travail, à partir de la période d'apprentissage de l'activité - pour les candidats possédant une formation spécifique. Ainsi à l'image d'Auguste C., des carrières sont construites sur les bases de liens établis entre les individus et les plates-forme de production. Ce modèle souffre actuellement de ratés dans la mesure où l'unité des sites de production n'est plus assurée en terme de localisation comme en terme d'identité des groupes propriétaire des usines.

     

    En sus, les offres d'emplois illustrent les conditions de recrutement au sein des complexes industriels chimiques. Ces établissements disposant bien souvent d'une division Ressource Humaine, elle-même équipée de l'outil intérim, ne se contentent plus d'une main d'oeuvre non qualifiée, exclusivement locale ou non mobile mais bien souvent exigent un niveau de savoir-faire et d'expérience conséquent, matérialisable par la possession de diplômes type BEP CAIC ou BEP électronique et de certificats de travail[30].

     

    Les offres d'emplois ayant trait à la fabrication industrielle de médicaments sont concentrées sur quelques supports spécifiques comme les sites internet Jobintree et Trovit qui proposent parmi de nombreuses offres d'emplois des postes au sein d'usines de production de médicaments. Le premier des supports cité est organisé en douze rubriques[31]ayant chacune pour fonction de renvoyer les individus vers leurs univers de travail respectifs. Les postes d'opérateurs de production ou de maintenance des lignes de fabrication au sein de l'industrie pharmaceutique à pourvoir, sont intégrés dans la rubrique intitulées "industrie".

     

    Le symbole de cette catégorie est stylisé par la représentation d'une usine. A côté de celle-ci, la rubrique "Santé social" illustrée par une croix toute médicale, exclue de son champ les tâches industrielles relatives à la fabrication de médicaments. L'opérateur de production candidat à un poste au sein de l'industrie pharmaceutique et confronté à cet outil de recrutement, doit pour accéder à l'offre valider symboliquement sa filiation avec le milieu industriel. De même, les choix arrêtés en terme de regroupement des professions par les web master induisent, en marge de l'ordre commercial souhaité, des conséquences efficientes telles que la désaffiliation symbolique entre les opérateurs, les CAIC et le secteur titré "Santé Social".

     

    Le prestige de l'industrie pharmaceutique dépassé pour les opérateurs intérimaires

     

    Le site internet Trovit, fort de 362 181 offres d'emplois - au 1 ier juin 2009 - apparaît comme l'un des poids lourd dans le secteur du recrutement. Connecté depuis cette plate-forme, nous constatons une offre de poste en qualité d'opérateur de production au sein de l'industrie pharmaceutique à hauteur de 67 annonces. Sur cette contingence d'annonces, 70,53% correspondent à des contrats de type intérimaire commandés par des entreprises spécialisées dans le travail .intérimaire notamment en milieu industriel[32]. Le reste des annonces – 29,57% - renvois à un processus de recrutement auparavant admit comme classique établie entre l'employeur-payeur-utilisateur et l'employé.

     

    A propos du métier de cuisinier, la proportion de travail intérimaire dans l'offre totale pour cette profession est ramenée - toujours sur la plate-forme Trovit - à 41,8%. Quant aux annonces pour des postes de plombiers, celles-ci sont composées à hauteur de 54,8% de travail sous la forme de missions intérimaires. Comme nous pouvons le constater par l'observation du support de recrutement Trovit, le recours à une main d'oeuvre de type intérimaire est massive dans notre secteur de référence.

     

    Pour mettre à l'épreuve cette conclusion, nous interrogeons la base de données du site institutionnel Pôle emploi qui compte plusieurs milliers d'offres d'emploi. Comme par le biais de la plate-forme Trovit, et selon les mêmes termes de recherche : "opérateur de production pharmaceutique" nous constituons une liste d'offres. Une sélection de cinquante-huit annonces apparaît à l'écran. Celles-ci renvoies toutes à des postes de conducteur de ligne qui dans la majorité des cas sont à pourvoir dans le contexte de l'industrie pharmaceutique. Comme nous l'avions constaté au travers d'entretiens puis à l'occasion de diverses tentatives pour accéder au terrain, nous relevons une forte représentation de l'outil intérim au sein du principal dispositif institutionnel de gestion de l'emploi.

     

    Les industriels aidés par l'état recompose une main d'oeuvre mobile

     

    Sans complexe, les offres d'emploi d'opérateur de production proposées par le truchement de la toute nouvelle institution Pôle emploi[33]sont à 53,5% composées de missions intérimaires tandis que les offres de formation en alternance représentent 34,5% de ce même groupe. Du coup, le nombre des annonces autrefois traditionnelles car proposant un contrat à durée déterminée ou un contrat à duré indéterminée établi entre employeur direct et salarié ne dépasse pas le seuil des 12% de l'échantillon des annonces visant les opérateurs.

     

    L'identification du nom des groupes employeurs depuis les plates-forme d'offre d'emplois, que ces dernières soient ou non institutionnelles est peu aisée. Dans la plupart des cas, l'agence d'intérim fait office d'écran entre le public et les industriels du médicament. Du reste, le caractère intérimaire des missions est dans tous les cas signalé avec pour le site de Pôle emploi le sigle "mis"– comprendre mission - pour signifier les annonces proposant du travail intérimaire. Le texte des annonces concernées évoque alors "une mission" ou une "mission longue durée à réaliser pour un de leur [nos] plus gros client[34]". Le lecteur intéressé par l'offre adhère au principe d'exercer une activité particulière par son contenu de façon autonome par rapport à l'environnement quotidien de travail.

     

    Par là, la distance de l'intérim induit une aliénation non négligeable d'une partie de l'autonomie et de la capacité de gestion de l'individu. En effet, si l'employé en mission bénéficie d'une double affiliations symbolique en qualité d'intérimaire et de travailleur, au cours des heures de travail son statut n'offre pas beaucoup de marge de manoeuvre. La réalité de l'existence de sentiment d'extériorité de la part des 'individus envers les entreprises utilisatrices s'entend, entre autres choses, par la capacité qu'ont chacune des parties à mettre fin au contrat de travail dans des délais très courts ou par les restrictions légales[35], comme des limites symboliques, encadrant la durées et les conditions des missions d'intérim.

     

    En somme, le secteur de l'industrie pharmaceutique s'affranchit progressivement des coûts d'une main d'oeuvre fidèle et captive pour investir dans des outils de gestion indépendant. Le tissu très dense des agences d'intérim[36]remplace en somme la proximité historique jadis établie entre populations et établissements. Là ou les réseaux étaient constitués au coeur des usines, ils le seront dorénavant au sein des officines de travail temporaire. Ainsi, certaines de ces agences demeurent dans un contexte de rotation permanente des propriétaires de plates-forme industrielles, l'élément de référence, le point le plus ancien du dispositif de travail.

     

     

    La délégation du recrutement et de la gestion d'une partie croissante des personnels opérateurs de la part des industriels vers les agences d'intérim redessine les contours des lieux d'embauche et redistribue les possibilités pour les acteurs. En quelques sorte la filiation des individus par rapport à leur profession est uniquement technique, les opérateurs intérimaires, comme nous le constatons au sein de l'usine Pierre Fabre n'ont que rarement accès au bureau. Stéphane, opérateur intérimaire sur une ligne de production de....depuis deux ans et demi à l'usine Fabre reconnaît sa méconnaissance des locaux administratif avec cette remarque : "Tu sais moi le bureau du patron j'y suis jamais allé et c'est temps mieux, je fait mon travail tranquille, je prend mes sous et voila pas plus".

     

    L'intérim en plus de sa fonction RH offre comme un splendide isolement aux technostructures élaborées des industriels du médicament pour qui les ressources humaines et matériels liées à la production représentent un coûteux appareillage technique à l'utilité fluctuante. Sans annoncer une déprise industrielle, nous constatons un affaiblissement des structures de l'emploi ouvriers dans le secteur.

     

    Le travail intérim une solution pour les industriels de s'extraire de cycle de production historique

     

    Il semble que les modèles de création ou de maintiens d'un emploi durable s'effacent au profit de missions temporaires ou ponctuelles réalisées au sein des sites industriels. A ce sujet, nous remarquons en dépouillant un corpus de quatre-vingt annonces que de nombreuses offres d'emploi comprennent la mention déplacement. Là ou les individus étaient comme Auguste C. attaché à un site, à présent ces derniers doivent envisager dans les terme de leur engagement la possibilité de mobilité notamment pour les rares positions disponibles en qualité de salarié non intérimaire.

     

    L'un des traits du nouveau visage de l'emploi industriel est certainement l'éclatement en fractions puis en électrons libres d'une partie de sa main d'oeuvre et notamment des éléments les plus jeunes. En effet, qu'il s'agisse des hommes ou des sites, le turnover est maximum et semble assumé par tous. Les personnels qui le plus souvent ont subit plusieurs démobilisations : autant de fermetures de sites ou de changements de propriétaires doivent compter sur l'intermédiaire des agences d'intérim pour exercer l'activité maîtrisée.

     

    Du reste, ces hommes sont contingentés en effectifs de professionnels de l'intérim ou de professionnels de l'industrie. De cette double affiliation découle une perte de la spécialisation des hommes à propos d'un site unique et de son parc de machine comme apprivoisées. Plus largement, la forme de l'offre et de la demande d'opérateurs de production, organisée en micro-marché indépendants, cumulée aux changements fréquents de fonctions et d'identités des sites entraînent un processus de désajustement entre les individus et un des champs particuliers de l'industrie. En témoigne le sort d'une partie des ouvriers des usines de Château-Arnoux ou de Jarrie, admis un temps comme les spécialistes de la production de chlore et de soude au sein du groupe Arkema puis, à la suite de restructuration du groupe, devenus inutiles. Pour ces derniers aux nombres de soixante-treize, en plus des procédures de retraite anticipée, "un dispositifs d'accompagnement social sera mis en place comme l'aide à la mobilité au sein de l'entreprise ou au reclassement à l'extérieur du groupe[37]".

     

    Ces paroles aux visées rassurantes tenues par un des membres de la direction du groupe Arkema à un journaliste du Dauphiné Libéré au lendemain de l'annonce du départ des "soixante-treize", trahissent le haut degré de légitimité acquise par les groupes industriels pour modeler à un rythme soutenu la structure, les formes des activités exercées. Comme Auguste C. a perdu ses rêves de mineur, comme "les soixante-treize" quittent leurs usines, les futurs opérateurs de production doivent se soumettre à un contexte de travail nomade, en état de décomposition-recomposition permanente.

    III .Les parcours d'usines prenant le pas sur les trajectoires individuels

     

    L'industrie pharmaceutique installée dans une désorganisation organisée trouve dans un intense recours au travail temporaire un grand secourt. En plus de cette sorte d'appui privé, en la structure de Pôle Emploi forte de ses 87,5 % d'offres réservé aux profils d'apprenti ou d'intérimaire - pour l'ensemble des offres émises sous le profil "opérateur de production" -, les industriels peuvent compter sur un soutient de taille au moins en terme symbolique.

     

    Pourtant, dans le même temps l'usage du travail intérimaire par les entreprises reste très encadré juridiquement. En effet, la loi[1]précise par exemple que "le fait pour l'utilisateur de conclure un contrat de mise à disposition – contrat intérimaire - ayant pour objet ou pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise est puni d'une amende de 3750 Euros".

     

    Les conditions d'exercice du travail d'opérateur semblent doublement contrainte par la puissance des groupes de l'industrie pharmaceutique et par la puissance des règles légales de travail. Au sein de structures techniquement complexes, souvent classées comme dangereuses mais concernant la production de médicaments stratégiquement nécessaire, l'intérim intervient comme une solution médiane.

     

    Pour aborder au cours de cette troisième partie les conditions de travail actuelles des "petites mains" de l'industrie pharmaceutique en France, nous nous intéressons à plusieurs établissements industriels. Le choix de ces sites est le produit d'une sélection de lieux opérationnels dans la fabrication de médicaments apparaissant pour la plupart dans notre corpus de petites annonces[2]. Il s'agit d'une dizaine d'usines ayant eu ou ayant pour fonction de fabriquer des médicaments ou des produits entrant dans leurs compositions. Si le texte de la plupart des annonces – 69.2 %[3]- ne précisent pas le nom du site de travail, certaines annonces le signifie par des indications d'ordre géographiques.

     

    Dans un premier temps nous observons les trajectoires de quelques plates-formes industrielles puis dans un second temps, nous synthétisons les connaissances recueillies pour les confronter à la réalité de l'actualité, au travail quotidien des opérateurs. Sans proposer ici une monographie de chaque site, nous réunissons un bref historique sous la forme d'une rétrospective des principaux évènements afin de matérialiser la dimension de mouvement dans le contexte des usines de fabrication de médicaments.

     

    Par la prise en compte des différentes époques patronales des usines, de l'évolution des groupes dans le temps nous instaurons une démarche compréhensive. Il s'agit de comprendre la construction de la professions d'opérateur de production selon un schéma de mutation, un enchaînement de processus de filiations et de désaffiliations.

     

    En effet, alors qu'au siècle dernier, le statut du fabricant de médicaments relevait du corps scientifique, de la profession de pharmacien, de nos jours cette sorte de tâches renvoie au statut d'opérateur ou d'ouvrier de production. En sus de ce processus de désaffiliation historique, l'opérateur dépossédé de toute symbolique médicale est de plus en plus un travailleur intérimaire, un professionnel de l'intérim..

     

    L'étude du parcours de sites industriels, sans révéler le taux – souvent tenu confidentiel – de recours au travail intérimaire permet d'envisager la récurrence de ruptures dans le parcours professionnels des agents. Ces derniers sans être systématiquement mandatés par une agence d'intérim subissent le plus souvent, comme nous le verrons, les crises d'identité et d'activité des plates-formes industrielles.

     

    Afin de rendre au mieux d'éventuels points de congruence qui pourraient porter un éclairage historique sur le contexte de travail des opérateurs de production nous présentons un parcours des établissements. A notre sens l'impact de la dimension spatiale est de plus en plus faible dans les arbitrages de gestion arrêtés par les industriels du médicament nécessairement organisés en groupes de taille conséquente.

     

    1 Des parcours d'usines de médicaments rectilignes devenus atypiques

     

    Le cheminement historique d'une usine ayant eu à produire des médicaments peux présenter de nombreux profils. Néanmoins, le modèle d'un parcours fracturé s'impose à propos des usines. En effet, le recours à la sous-traitance à partir des années 1990 de la part des grands groupes pharmaceutiques a entraîné la mise en vente par les groupes de certains de leurs sites de fabrication notamment à des sociétés spécialisées dans le façonnage. Séverin Muller[4]avance dans une publication un total de 27 ventes de sites intervenus entre les années 1990 et 2007.

     

    Ce phénomène conjugué aux changements récurrents des formes, des identités et des noms des groupes industriels amorcés depuis la moitié du XX ème siècle permet d'envisager comme rares les établissements de production de médicaments n'ayant au cour de leur existence connus aucune des transformations citées. Le plus souvent ces groupes ont été bâti sur les bases d'héritage directement reçue du fondateur, à ce titre l'un des signes de la rupture entre les groupes familiaux et les groupes basés exclusivement sur des liens d'intérêts est la perte de l'usage du nom des fondateurs dans l'appellation des nouvelles entités.

     

    Si la plupart des établissements comme les Laboratoires Fournier, Midy, Clin ou Mylay[5]n'ont pas survécu au phénomène de concentration intervenu dans le secteur, quelques uns fondés plus tardivement ont maintenu une continuité historique. Cette forme de stabilité des usines et de ses hommes est objectivable par la survie de l'appellation originelle des laboratoires - quasi-exclusivement éponymes aux noms des fondateurs - et par une implantation géographique historique.

     

    Le groupe Servier fondé en 1954 représente un excellent exemple de membre du groupe des survivants au rang duquel on peut admettre les Laboratoires Brothier[6]fondé en 1949, le groupe Pierre Fabre[7]créé en 1961 qui produit un modèle du type épopée familiale à la différence de la période de création de la société, en 1961. La notion de survivant est équivalente à la notion d'indépendance au sens où les entreprises cités n'ont pas elles-mêmes fait l'objet de rachat ou de transformations propres à effacer leur identité.

     

    Ipsen, régulièrement citée par la presse spécialisée comme un groupe français indépendant par référence aux groupes des poids lourd du marcher ne l'est pas d'un point de vu historique. Si les fondements du groupe remontent à 1929, à la création par Henry Beaufour médecin à Dreux des Laboratoire Beaufour, la naissance d'Ipsen[8]en 1980 signifie à notre sens de la perte d'indépendance historique de ce groupe. On notera dans le cas du groupe Solvay[9]fondé dès 1869, le mode de construction particulier utilisé. En effet le groupe est fondé à partir des locaux et du savoir d'un laboratoire préexistant : le laboratoire Sarbach.

     

     

    Parcours de l'usine Servier de Gidy[10], 45

     

    2009 Propriété du groupe Servier (France) (50 hectares)

    Production de médicaments en propre ( 252 millions de boîtes de médicaments)

    2009 Effectif 850 salariés

    2006 Inauguration d'une nouvelle unité de production – 35 000m2 -

    2003 Effectif 743 salariés

    1996 Inauguration d'une nouvelle unité de production – 26 000 m2 -

    1995 Effectif 450 salariés

    1972 Construction de l'usine Servier à Gidy

    1956 Construction de l'usine Servier à Fleury-les-Aubrais

    1954 Création du groupe Servier – 9 collaborateurs – au domicile du docteur Servier à Orléans

     

    L'usine principale du groupe Servier basée à Gidy est surnommée localement "usine-village". Le groupe Servier est l'un des rares groupes français restés indépendant. Basé sur une politique d'innovation permanente[11], le groupe vise a assurer une forte activité sur les sites basés par filiation historique dans la région d'Orléans. On relèvera au travers de ce parcours d'usine l'ascension constante du nombre d'employé qui a plus que doublé entre 1995 et 2009. Le groupe Servier fort de son indépendance représente pour les opérateurs de production embauché des opportunités de travail stable en terme de localisation et de patronat.

     

    Parcours de l'usine de Solvay, Chatillon-sur-Chalaronne[12], 92

     

    2009 Propriété du groupe Solvay (Belgique) filiale de Solvay Pharmaceuticals (3,2 hectares)

    Production de formes sèches gélules et comprimés (65 millions de boîtes)

    2008 Effectif 315 salariés

    2007 Démolition de l'ancienne usine du quartier de Foch par Solvay

    2007 Solvay vend le site de production de gélules pris à Fournier et basé à Fontaine-les-Dijon

    2007 Déménagement de l'usine Solvay en périphérie de Chatillon-sur-Chalaronne

    2006 Arrêt définitif du site historique du quartier de Foch

    2005 Solvay acquiert Pharma de Fournier

    2002 Mise en construction de la nouvelle usine Solvay à Châtillon-sur-Chalaronne

    1970 Classement de la commune comme station verte[13]

    1969 Sarbach cède l'usine à Solvay

    1863 Création du groupe Solvay par Ernest Solvay

    L'usine de Solvay est, à l'image du site de Gidy pour Servier, comme une base pour le groupe Solvay. Pourtant, les formes de cette unité de production et de recherche ont évolué dans le temps Le groupe Solvay, présent de 1969 à Châtillon-sur-Chalaronne a assuré symboliquement la poursuite des activité des Laboratoire Sarbach. Du reste, pour Solvay il s'agit de bâtir une usine adaptée et donc de renoncer à la distribution des bâtiments initiale.

     

    Le groupe Solvay va peu à peu démanteler le site historique du quartier de Roche pour finalement bâtir en périphérie du village un ensemble d'installations neuves. En quelques sorte, le rachat des Laboratoire Sarbach n'a fait qu'introduire le groupe dans l'espace régional. En parallèle, l'installation de Solvay et son implication dans le groupe Fournier à partir de 2005 entraîne la fermeture du site de Fontaine-les-Dijon. Si sur la commune de Châtillon-sur-Chalaronne du travail au sein de Solvay est assuré depuis les années 1970 pour les ex-Solvay de Fontaine-les-Dijon déjà ex de chez Fournier depuis 2005 la visibilité en terme de carrière professionnelle est réduite au minimum.

     

    Parcours de l'usine Schering Plough de Hérouville-Saint-Clair[14], 14

     

    2009 Propriété du groupe Schering Plough (USA)

    g d Production de formes liquides et pâteuses, de formes sèches et de formes stériles (85 millions d'unités)

    2009 Effectif 505 salariés dont 415 CDI

    2003 Effectif 280 salariés

    1996/2000 Travaux de restauration et d'extension de l'usine

    1971 Schering Corporation fusionne avec le groupe Plough

    1967 Inauguration de l'usine d'Hérouville-Saint-Clair par le groupe Schering

    1963 Création de la ville-nouvelle de Hérouville-Saint-Clair par une loi ZUP

     

    L'usine du groupe Scherin Plough située à Hérouville-Saint-Clair fait office de référence en terme de croissance d'activité et de stabilité dans le secteur de la production de médicaments. L'usine bâtie en 1963 n'a pas cessé d'augmenter son effectif avec notamment un doublement entre les années 2003 et 2009. Pour le groupe Shering Plough ce site du Calvados constitue une vitrine durable lorsque l'unité de recherche basée à Dardigny propriété de Schering Plough démantelé en 2004[15]représente une aventure temporaire. En somme, l'usine d'Hérouville-Saint-Clair est avant tout le centre du dispositif du groupe Scherin Plough en France.

     

    2 Le cadre de l'usines utilisé comme plate-forme temporaire d'activité

     

    A côté du modèle d'implantation industrielle durable du groupe Servier ou des établissement sièges de Solvay à Châtillon-sur-Chalaronne et de Schering Plough France à Hérouville-Saint-Clair, d'autres usines de production connaissent des destins bien différents. La distinction s'entend par le caractère chaotique de l'histoire des ces sites. En effet, ces derniers passent d'un acteur industriel à un autre et du coup perdent toute consistance historique et sont amputés de leur affiliation géographique.

     

    Parcours de l'usine NextPharma à Limay[16], 78

     

    2009 Propriété du groupe NextPharma (GB) (4 hectares)

    Production sous formes liquides et pâteuses (18 millions d'unités)

    2009 Effectif 126 salariés

    2006 NextPharma vend sa filiale Biophelia de Monts en Indre-et-Loire spécialisée dans les formes liquides et pâteuses au Laboratoire Poirier

    2005 La commune devient "ville porte" du Parc régional du Vexin

    2004 UCB cède l'usine à NextPharma

    2003 Effectif 105 salariés

    1999 SmithKline Beecham cède l'usine à UCB

     

     

    L'une des usines du groupe NextPharma[17]basée à Limay illustre les difficultés du secteur de la production de médicaments soumises aux tensions des marcher et de ce fait le produit médicament est caractérisé par une irrégularité chronique des coûts et moyens de production. De ces irrégularités, nous avons évoqué quelques causes précédemment comme la complexité des mécanismes d'habilitations des médicaments aux marcher, le problème des limites temporelles des brevets ou encore la transnationalité des groupes et des échanges.

     

    Le site de Limay a connu trois propriétaires en une décennie avec une croissance continue dans le temps du nombre d'employés. Ces derniers représentent une masse salariale commune selon une perspective temporelle aux groupe SmithKline, UCB et NextPharma. Or de la puissance de ce trio, le salarié ne retire rien, bien au contraire. A chaque transitions les efforts d'investissement consentis par les individus pour intégrer les groupes sont réduit à néant.

     

    Une application efficiente du turn over des industriels sur les site de production pourrait être de maîtriser une partie de sa main d'oeuvre en s'assurant par un principe de purge ponctuelle une mobilité plus importante. Les groupes de l'industrie pharmaceutique pratiquent en quelque sorte une forme de jachère industriel, une gestion des sites de production globales, pilotée depuis l'extérieur des sites ce qui confère du reste aux établissements siège une certaine stabilité.

     

    Parcours de l'usine Arkema de Jarrie[18], 38

    2009 Propriété du groupe Arkema (France) (80 hectares)

    Production (800 000 litres de produits finis essentiellement à base de chlore)

    2009 Effectif 530 salariés

    2008 Suppression de 74 postes sur le site

    2005 Modernisation de l'usine

    2004 Création du groupe Arkema

    2002 Arrêt de l'activité chlorobenzéne et chloral

    2000 Publication d'un rapport accablant sur le degré de pollution du site[19]

    2000 Le site revient au groupe Atophina

    1983 Le site revient au groupe Elf-Atochem

    1966 Le site appartient au nouveau groupe Ugine Kulmann

    1960 Création de nouveaux ateliers de fabrication

    1922 Le site est racheté par les aciéries électriques d'Ugine

    1916 Construction de l'usine par Charles Lefèvre industriel dans la production de chlore

     

    A l'inverse des usines présentées précédemment, le site Arkema de Jarrie ne produit pas de médicaments. Toutefois son étude reste intéressante dans la mesure où les groupes issues des secteurs de l'énergie et de la chimie présentent une évolution comparable aux groupes positionnés dans le secteur de l'industrie pharmaceutique. Le parcours de l'usine Arkema de Jarrie qui produit des composants chimiques symbolise la croisée des chemins entre les aventures industrielles du vingtième siècle. Comme le relève Sophie Chauveau dans l'un de ses articles, des filiations existent entre les industries chimiques, de l'énergie – secteur minier, pétrolier et nucléaire – et pharmaceutique.

     

    La forme du tissu industriel actuelreprésente la traduction du passage à marche forcée de la fabrication des produits selon un mode artisanal vers un mode industriel. L'usine de Jarrie a connu pas moins de six propriétaires en 94 ans d'existence. L'un des intérêts pour les industriels à exercer un contrôle sur ce type d'usine est la recherche d'autonomie en terme de matière première. Dans le cas de cette usine, hormis une campagne de licenciement en 2008, Arkema reste propriétaire. Cette longévité n'est pas d'actualité comme nous l'évoquions dans le chapitre précédent pour le site Alpin de Château-Arnoux abandonné par Arkema.

     

    Parcours de l'usine Pierre Fabre deMarseille, 13

     

    2003 Locaux repris par Etris – Etude et réalisations industrielles et scientifiques – (France)

    2003 Transfert des activités de fabrication vers Gien (83) et Châteaurenard (13)

    2003 Effectif 38 salariés

    2002 Effectif 96 salariés

    2000 Rachat des laboratoires Veyron et Froment

    1967 Achat de nouveau locaux de type industriel

    1954 Création des Laboratoires Veyron et Froment par le Docteur Veyron pharmacien

     

     

    Cette petite unité de production de médicaments qui était basée à Marseille n'a pas résisté à son rachat en l'an 2000 par les Laboratoires Pierre Fabre. Le site jugé "trop isolé" par les patrons de Pierre Fabre est très vite mis au ralentie, entre 2000 et 2003 le nombre des employés est divisé par trois. Le cas de cette usine décrivant le schéma d'une fermeture annoncée traduit la volonté des groupes industriels de maîtriser le territoire en ajustant point par point la localisation des différents sites d'activité.

     

    Dans cette logique, les entreprises à taille humaine comme Veyron et Froment ou Fournier jadis moteur d'innovation ne parviennent pas à se maintenir en leur nom propre. Du reste, la richesse puisée de ces petites structures comme les brevets est consommée, intégrée au groupe jusqu'à ce que les structures, l'appellation d'origine disparaisse totalement.

     

    Parcours de l'usine Bristol-Myers Squibb de Epernon[20], 28

    2009 Fermeture programmé de l'usine et mise en vente (USA) (1,2 hectares)

    2009 Transfert de 200 employés vers le site d'UPSA

    2008 Effectif 228 salariés

    1989 Fusion de Squibb et Bristol-Meyers

    1961 Construction de l'usine par Squibb

     

    L'usine Brisol-Myers Squibb de Epernon est victime des restructurations du groupe qui en est le propriétaire et le constructeur. Spécialisé dans le façonnage, le site ne représente plus d'intérêt par rapport à la distribution actuelle des usines en France et dans le monde. Bien qu'annoncé depuis 2008 dans le milieu de l'industrie pharmaceutique, la plate-forme à l'origine construite par le groupe newyorkais Squibb encore indépendant, ne trouve pas de repreneur.

     

    L'usine à l'heure actuelle est en passe de fermer complètement, les employés sont intégrés dans un dispositif de plan social bien rodé. Dans ce plan, l'industriel UPSA est présenté comme le sauveur en acceptant de reprendre au moins 200 salariés. En réalité, il s'agit de mutations imposées dans la mesure où le groupe UPSA est une filial du groupe Bristol-Myers Squibb. De cette façon le journal La Dépêche du 26 décembre 2008 propose un article titré "En 2010, Upsa accueillera 200 salariés venus de l'entreprise BMS".

     

    3 .L'opérateur de production : de l'apothicaire à l'intérimaire

     

    Comme nous avons pu le constater en reprenant les parcours de carrière d'opérateur de production, à l'heure actuelle la profession ne jouit pas d'un haut degré de prestige social. Il ne s'agit pas de qualifier de sous-métier le rôle d'opérateur mais plutôt de mettre l'accent sur le processus de dégradation dont fait l'objet cette activité. La conduite de ligne de production de médicaments, la maintenance de machines souvent extrêmement complexes, le nettoyage des lignes, le remplissage de cuves ou encore l'exercice de mirage des médicaments sont autant de tâches masquées par le très complexe fonctionnement de l'industrie pharmaceutique.

     

    Sans volonté réelle de cacher ses petites mains, les groupes de l'industrie pharmaceutique mettent naturellement l'accent dans leur communication sur leur produit. Toutefois, au-delà de cette manifestation commerciale peu de cas est fait des employés de la production. Lorsque ces derniers sont évoqués c'est souvent par le prisme des prestigieuses divisions recherches des groupes industriels. La fabrication à l'image de la distribution est un marcher devenu lourd pour les groupes de l'industrie pharmaceutique qui par leur gigantisme peine à prendre les bonnes décisions ou au moins à s'inscrire dans le long terme. La dimension production représente pour les groupes une forme de handicape à l'heure ou la sous-traitance opérée par les génériqueurs est sans cesse réorganisée. Pour les industriels français il convient d'acquérir une souplesse en terme de capacité de production.

     

    A ce titre, comme nous l'avons constaté par l'étude des parcours d'usine, les usines de fabrication font l'objet d'une sorte de bourse entre les différents groupes. Derrière ces incessantes procédures de cession-acquisition des actifs immobiliers se dessine la volonté des groupes de redécouper leur secteur Europe, de redéployer l'effort consentit selon les choix arrêtés en matière de production.

     

    Des groupes industriels à taille humaine survivants et en bonne santé

     

    Si l'actualité des groupes fabricants les médicaments renvoie régulièrement à des opérations de fusion-acquisition opérée entre groupes, la forte concentration dans le secteur marque les limites du phénomène. En effet, les groupes restés indépendants sont rares s'agissant de la fabrication de médicament. Selon l'agence Xerfi spécialiste dans le secteur des audit : "les acteurs de petites et moyennes tailles de l'industrie pharmaceutique, plus spécifiquement les laboratoires familiaux se trouvent, paradoxalement, peut être plus maître de leur destin que les géants du secteur[21]".

     

    L'un des corollaires de cette longévité semble être notamment pour le groupe Servier le maintient d'une politique d'innovation permanente. A Gidy, dans le village-usine de Cervier, le fondateur des lieux continue de servir l'entreprise, d'agrandir le site : l'un des plus grand site de fabrication de médicaments en Europe. La bonne santé de Servier tiens pour certains à son indépendance. Le groupe Pierre Fabre représente le deuxième grand groupe pharmaceutique indépendant en France.

     

    Dans cette aventure, le secret est également l'innovation mais dans ce cas plutôt en terme de gamme de produit avec un investissement de plus en plus important du groupe Pierre Fabre dans le secteur des cosmétiques. Un autre point commun unis c'est deux fabricants de médicaments, c'est l'absence de ces deux groupes sur les places boursières. En cela, le terme indépendant caractérise particulièrement ces deux groupes français.

    Si le groupe Pierre Fabre à procédé à de nombreux rachats d'entreprises – Inava, Klorane et Ducray -, ce dernier reste un groupe indépendant du point de vue des marcher boursiers. Hors des marcher boursiers, Servier et Pierre Fabre sont dans un espace de splendide isolement par rapport aux Sanofi Aventis ou au Schering Plough dont le pilotage s'effectue au rythme du court et des recommandations émises par les agences de notation.

     

    La mise en coupe du parcours des usines permet de mettre en perspective les mouvements des groupes pour résister à la concurrence et constituer un dispositif efficace sur le territoire. L'histoire de l'industrie pharmaceutique moderne se confond avec les secteurs de l'industrie chimique partageant souvent les mêmes zones industrielles ou les même plates-formes d'un point de vue historique.

     

    Ce qui ressort des parcours est la constitution au fil des années, depuis 1900 environs, de groupes de très grandes tailles notamment dans les secteur de la chimie, de l'industrie pharmaceutique ou encore de l'énergie. Le mécanisme de croissance est basé sur l'acquisition par grappe des entreprises innovantes.

     

    Comme dans le cas de Solvay à Chatillon-sur-Chalaronne, de Pierre Fabre à Marseille ou de l'usine Arkema de Jarrie les établissements sont à l'origine des entreprises familiales innovatrices parfois même fondées depuis la demeure même des scientifiques impliqués. Depuis sa demeure d'Orléans, la famille Servier à créé et conservé un groupe aux dimensions internationales mais resté enraciné à son lieu de naissance. Les groupes aux dimensions internationales investissent avec parcimonie dans "leurs" sites de production. Si certains sites de production des grands groupes comme celui de Schering Plough à Hérouville-Saint-Claire ont vocation à établir les groupes dans des secteur géographiques précis, les autres usines qui ne servent pas une fonction de représentation ont une durée d'utilisation plus restreinte dans le temps.

     

    Les opérateurs : des accessoires indispensables mais abondant

     

    Le fonctionnement des usines de production de médicaments implique, outre de conséquent effort d'investissement en terme de recherche ou de solide partenariat, d'assumer une masse salariale conséquente. Si au début du siècle, la fabrication des médicaments était assurée au sein de petits ateliers parfois par le pharmacien à l'arrière de son officine, de nos jours la fabrication se fait à grande échelle, par série de millions de gélules, de tonnes de principe actif. Bien que largement automatisées, les opérations nécessaires à la fabrication de médicaments ne peuvent être effectuées par les seules machines ni même être confié à un personnel cadre.

     

    En ce sens, nous signifions de l'existence résiduelle du salle boulot dans le contexte de la fabrication et cela malgré la somme énorme de progrès réalisés dans les techniques d'usinage des médicaments. Héritiers des pharmaciens, les opérateurs on en lieux et place de pilon de puissantes mélangeuse, là ou les ingrédients se comptaient en poignées, il sont à présent versés par sac de vingt kilos. L'opérateur de fabrication doit fabriquer des médicaments à la façon de tout produits industriels, selon des procédures adaptées aux volumes traités.

     

    Pourtant, il s'agit de médicaments et par là d'un univers de travail où la prudence, l'intégrité des lots doit être assurée à tout les instants. Pour cette sorte de problématique, les usines de fabrication dispose d'un service indépendant des opérateurs qui s'assure du bon respect des BPF. Il s'agit surtout de vérifier la qualité de la marchandise et pour cela, aidé d'opérateur, de mirer des lots entiers de cachets ou de gélules. La sécurité sanitaire est centralisée par le service qualité qui édicte à l'intention des personnels, souvent des CAIC des fiches de tâche incluant un découpage étapes par étapes des actions à effectuer.

    Si le médicament peut être objectivé comme un produit valorisant, la somme de précaution dont ce dernier fait l'objet lors des phases de production restreint considérablement la marge de manoeuvre des ouvriers qui en poste doivent dans la plupart des usines signer de toute la force de leur savoir coupable les feuilles de sortie de lots. En terme de responsabilité, l'opérateur est au coeur du dispositif et à chaque manipulation la responsabilité de l'homme est engagé. Dans un tel contexte de travail qui mêle danger et santé il serait imaginable de trouver par correspondance des conditions de travail attractives.

    Conclusions

     

    L'industrie pharmaceutique se caractérise par la diversité. En effet, si l'activité de transformation en produits finis la situe comme une entreprise supposée mercantiliste, son essence médicale la distingue. Dans un climat consumériste où le marché de la santé et du bien être s'oriente vers une médecine de confort, les enjeux symboliques sont divers.

     

    Notre enquête tente ici de déceler les normes en place qui définissent l'habitus pharmacien transmis aux industriels, de cerner comment ces derniers se positionnent, entre logistique industriel et mythe de l'apothicaire bienfaisant. La relation au client par le conseil et la prévoyance marque la nouvelle estampille de la mission de santé publique de nos actuels pharmaciens. Autrement dit, alors que les moyens engagés sont démesurés, l'image d'un praticien connaissant les remèdes, à dimension humaine est entretenue. Le poids économique colossal de groupes comme Sanofi-Aventis ou Schering-Plough, l'instinct humain de protection auquel ils répondent les rendent incontournables à l'approche politique de la société. Le cadre législatif international borde donc le champ qui s'étend dans des domaines variés. Ainsi, de la chirurgie esthétique aux alicaments, le secteur de la santé se donne à voir sous un jour pluriel.

     

    Le principe de précaution fait alors loi, la représentation d'homme de science hérité des apothicaires n'excuse aucune erreur ainsi les accidents sanitaires apparaissent traumatisants et donnent lieu au scandale. L'état est là le garant de la sécurité collective, la réglementation se traduit par le contrôle régulier des usines et des produits. Dans un environnement libéraliste où la privatisation dépossède l'état des moyens pratiques de recherche et de production, l'encadrement reste marqué.

     

    Les crises telles que les intoxications alimentaires de Pont-Saint-Esprit en 1951[1]ou encore l'affaire du sang contaminé en avril 1991 sont facteurs de panique car touchent à l'intégrité physique des individus. Ainsi l'état doit protèger ses populations notamment en garantissant les résultats du médicaments puis par la suite leur innocuité. Le protocole obligatoire de l'AMM correspond au rempart actuel mis en place contre les risques des remèdes. L'AMM représente la descendance du visas lui même issue de la loi du .21 germinal an IX[2]. Le modèle d'autorisation dit visa réformé à la suite notamment de l'affaire des dècès liés au Stalinon en 1954 ou encore au triste dossier des bébé morts-nés dont l'état était lié à l'absorption par leurs mères de Thalidomie[3]. L'instinct de survie individuel et collectif survient donc dans ce marché qui emprunte toutefois les uses commerçantes, le marketing et la communication qui participent également à l'entreprise.

     

    L'industrie pharmaceutique est donc un champ riche en paradoxes. La mission de service trouve une finalité économique, les normes et valeurs qui conditionnent l'activité sont alors particulières. Ce postulat nourrit donc l'appétit heuristique qui préfigure cette enquête. La somme des composantes du sujet le positionne comme un objet intéressant pour l'exercice sociologique.

     

    L'approche longitudinale permet ici de comprendre son état présent en suivant le cheminement parcouru. Dépendants des innovations et des découvertes, les apothicaires ont su se professionnaliser et s'établir en tant que négociants avisés. Le réseau de distribution s'élargit, les pharmacies se multiplient alors que la production est assurée par de grands groupes pharmaceutiques à l'échelle industrielle.

    L'activité se normalise, des règles informelles étoffent la réputation des personnages devenus groupes et la loi officialise. La rigueur toute médicale et le mobile scientifique garantissent la confiance des consommateurs, une symbolique forte qui se manifeste notamment avec les placebos. Le mythe est ainsi entretenu, cette dimension est prégnante. Aussi j'ai pu me confronter à l'hermétisme corporel qui protège le secret, les médicaments sont somme toute méconnus, leur composition et leur origine échappent à la plupart des patients, l'attention est alors portée sur leur seule action.

     

    La singularité de l'objet tient lieu en sa dualité. Les industriels débordent sur deux univers symboliques et pratiques différents – médical et mercantile. Les répertoires d'actions et les statuts des professionnels sont là inédits. Le brevet industriel, garant de l'exclusivité temporaire implique un rapport au produit et à sa production particulier. Les opérateurs de production, véritables petites mains de l'industrie, sont employés pour la plupart en contrat intérim. La course à l'innovation et la copie clandestine, associées à la nécessité d'être réactif au marché précarise le statut des opérateurs.

    Ces derniers suivent un proces rationalisé, leur formation est spécifique à l'exercice de production chimique industrielle, leur connaissance pharmacologique est relativement faible. L'instabilité contractuelle donne vie à ce nouveau personnage qu'est l'intérimaire, concurrencés par une sous traitance menaçante.

     

    Pour les opérateurs arrivés dans le secteur sur le tas ou par l'entremise d'une formation type CAIC les possibilités de carrière, d'exercer un travail valorisant sont comprises dans l'espoir de trouver un emploi durable. En effet, si l'offre de formation est bien développée pour le profil d'opérateur, le savoir acquit dans le cadre des parcours d'apprentissage est d'ordre général correspondant à un ensemble de tâches dont la sélection est basée sur un référentiel large des industries chimiques. Arrivé sur son nouveau lieu de travail, le CAIC doit apprivoiser les machines, connaître les vannes pour resserrer au bon moment les boulons, pour envoyer de l'air dans le bon tuyau.

    Dans cette perspective, la solution de réaliser une carrière au sein d'un site unique ou de façon durable semble la plus adaptée. Toutefois cette possibilité de grimper les échelons de la boîte est réduite dans la mesure où la plupart des usines changent régulièrement d'enseigne et avec cela de références en terme d'objectivation du savoir acquit. A côté de ces contraintes, les innovations technologiques parfois massives poses également des problèmes en terme de formation. Les opérateurs de production étaient il y a encore quelques années solidement intégrés au lieu de travail. Le terme CDI était alors peu employé tant la période d'apprentissage à l'usine signifiait d'une embauche pour un temps long.

     

    Dès le milieu des années 1980, les promesses d'une carrière rectiligne pour les opérateurs s'effacent. La course à la taille entraîne dans un premier temps la disparition pure et simple de certains fabricants de médicaments, notamment les plus petites unités absorbées avant tout pour leurs capacités et leurs résultats en terme d'innovation et de recherches. Les opérateurs se retrouvent de nouveaux dépossédés cette fois ce n'est pas le prestige de la profession qui est attaqué mais plutôt son intégration au sein des groupes industriels. Econduit par les pharmaciens, les fabricants de préparations devenus fabricants de médicaments deviennent des éléments encombrants.

     

    En marge de ce contexte de travail les opérateurs de production au sein des structures restées indépendantes et de tailles plus modestes que les grands groupes de l'industrie pharmaceutique bénéficies de conditions de travail différentes s'agissant notamment de la gestion des sites de production.

     

    Outre les variations induites par la moindre taille des groupes, leur indépendance notamment vis à vis des marchés boursiers permet d'entretenir un tandem vertueux : celui de l'innovation et de l'exportation. Alors que les grands groupes externalisent de plus en plus la phase de production auprès d'établissements façonniers, les petits groupes maintiennent une certaine unité entre les activités de production et les activités de recherche.

     

    En quelque sorte, l'opérateur chez Servier est symboliquement plus impliqué dans le champ de l'industrie pharmaceutique que l'opérateur en poste sur une ligne pour un groupe assurant uniquement la production de médicaments. Si la possibilité de fabriquer des médicaments pouvait au début du siècle dernier convenir à un investissement professionnel personnel, la division du travail actuelle conduit à une séparation entre activité de recherche, de création et phase de fabrication des produits.

     

    L'émancipation historique des pharmaciens par les industriels dans le business des médicaments est toutefois plus marquée à propos des tâches qui relevaient autrefois de la préparation tandis que la dimension administrative en sus de la division recherche continue à être gérée par un personnel cadre et dirigeant en partie porteur du titre de pharmacien. On notera que la présence d'un pharmacien diplômé sur les lieux de production ou dans les plates-formes de distribution est une obligation légale.

     

    A l'heure actuelle, les opérateurs de fabrication évoluent en marge des groupes de l'industrie pharmaceutique. Ces derniers sont mobilisés un temps puis démobilisés parfois sous la forme de mutations parfois par le processus des plans sociaux. En quelque sorte les usines de production de médicaments sont des éléments mobiles du dispositif mis en place par les industriels. Au moment où l'offre de sous-traitance n'a jamais été aussi importante notamment dans les pays émergeant, la production de médicaments en zone Europe est plus que jamais anticipée comme un enjeux par les firmes.

    La condition des opérateurs se dégrade en terme de statut avec une proportion de plus en plus importante de personnel intérimaire impliqué dans le travail de production. L'atout de la mobilité propre au travail intérimaire s'accorde à merveille avec la politiques des groupes qui voudraient bien s'exonérer encore un peu plus des contraintes de gestion d'une masse salariale classique.

     

    Le profil des offres d'emplois dépouillées comme les témoignages d'acteurs recueillis accréditent la thèse d'une montée en puissance du travail temporaire dans des sites qui bien souvent ne le sont pas moins. Le devenir des opérateurs en marge du travail intérimaire peu passer par la naissance de nouvelles prestations offertes aux industriels du médicament.

     

    Au salon Contaminexpo, certains fournisseurs d'appareillages techniques comme des salles propres proposaient en plus de leurs produits une assistance à propos de l'entretiens ou des principes de maintenance de certains d'entre eux. Le profil d'opérateur itinérant chargé d'effectuer des travaux de maintenance sur un secteur géographique bien au-delà d'une usine poind ici. Par l'émergence de ces nouveaux services, les opérateurs restés attachés aux sites deviennent incompétents sur certaines machines et sont priés de ne pas effectuer les tâches risquées réservées au savoir coupable et responsable des agents de maintenance accrédités par le constructeur des infrastructures.

     

    L'industrie du médicament est un secteur en pleine croissance mais qui reste marqué par de profondes et puissantes luttes d'intérêt. La dimension mondiale des groupes et des échanges en sus rend le pilotage de ces entités très complexe. La dimension locale est totalement éliminée au profit d'une gouvernance manager à un niveau global. De la sorte, les groupes sont comme coupés d'un environnement social, d'un rôle social devenu trop lourd à assumer.

     

    Si en d'autres temps, les industriels du médicaments se sont volontier intégrés au paysage local en s'établissant par exemple dans le cadre des ZUP[4]ou en contribuant à l'effort consentis par les villages pour parvenir à une image verte[5], ce type de compromis est devenue plus rare. Hormis quelques sites historiques socialement admit comme un voisin par les riverains, les employés des sites de production souffrent à l'heure actuelle du processus de désaffiliation en cours.

     

     

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    Code du travail www.legifrance.gou.fr/initRechCodeArticle.do.

    Bristol-MyersSquibb. www.bristol-myerssquibb.com.

    Contaminexpo www.contaminoexpo.fr/2009/salon.php.

    Copains d'avant www.copaindavant.fr.

    Directive Seveso www.ecologiegouv.fr/La-directive-SEVESO-Pour-une.htlm.

    DRIRE www.drire.fr.

    Emploi industrie pharma www.cadres.apec.fr/.../pharmacie.html.

    Fiches métiers www.onisep.fr/métiers.

    Formation CAIC www.cefi.org/SECTEURS/CHIMIE/FILIERES.HTM.

    Houillères de Provence www.archive13/CG13/.../52.

    GlaxoSmithKline www.glaxosmithkline.fr.

    Guerbet www.guerbet.com.

    INRS www.inrs.fr/.../caces-certificat-aptitude-la-conduite.html.

    Ipsen www.ipsen.com

    Iso www.iso.org/iso/fr/home.htm.

    Jobintree www.jobintree.com.

    Laphal www.laphal.com.

    La Provence www.laprovence.fr.

    La Voie du Nord www.lavoixdunord.fr.

    Le Dauphiné Libéré www.dauphine.fr.

    Les Echos www.archives.lesechos.fr/..../18070-98ECH.htm.

    Le Républicain Lorrain www.republicain-lorrain.fr.

    LEEM Les pros du médicament www.leem.org.

    Loi médicaments www.douane.gouv.fr/page.asp?id=23.

    Lycée professionnel www.education.gouv.fr/.../la-voie-professionnelle.html.

    Média de l'industrie www.usinenouvelle.com/web/?...pharmaceutique.

    Média de l'industrie pharma www.pharmaceutique.com.

    Média de l'industrie pharma www.informationhospitaliere.com.

    Merck www.merck.fr.

    Métiers de la santé www.metiers.santesolidarites.gouv.fr/metiers.

    Novartis www.norvatis.fr.

    Pfizer www.pfizer.com.

    Pierre Fabre www.pierre-fabre.fr.

    Pôle Emploi www.pole-emploi.fr.

    Roche www.roche.com.

    Sanofi-Aventis www.sanofi-aventis.fr.

    Syndicat Fédé syndicats pharma www.fspf.fr.

    Schering Plough www.schering.com.

    Servier www.servier.fr.

    Séverin Muller www.univnancy2.fr/digitalAssets/51730_Muller_Dilemme

    Site du Sénat www.senat.frServier.

    Solvay www.solvay.fr.

    Teva www.tevapharm.com.

    Trovit www.emploi.trovit.fr.

     

    Bréviaire des acronymes et sigles

     

     

    AMM Autorisation de Mise sur le Marché

    AFSSAPS Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de la Santé

    CACES Certificat d'Aptitude à la Conduite d'Engins Spéciaux

    CAIC Conducteur Appareil Industrie chimique (CAP – BEP – BAC)

    CAP Certificat d'Aptitude Professionnelle

    CODES Connaissance et Décision en Economie de la Santé

    BEP Brevet d'Aptitude Professionelle

    BPF Bonne Pratique de Fabrication

    FDA Food and Drug Administration

    INSERM Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale

    INVS Institut de Veillle Sanitaire

    IP Industrie des Procédés (BAC)

    LEEM Les Entreprises du Médicaments

    MIP Métier des Industries et des Procédés (CAP – BEP – BAC)

    MNU Médicaments Non Utilisés

    STL Sciences et Technologies de Laboratoire (BAC)

    TPI Technicien en Pharmacie Industrielle (formation privée de niveau IV)

    UFSBD Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire

     

    Des Laboratoires Clin et Byla au groupe Sanofi

     

    1980 Intégration de C.M. Industrie au groupe Sanofi Sanofi

    1974 Fin de la Présidence de Raymond Comar C.M. Industrie

    1971 Fondation de la holding C.M. Industrie C.M. Industrie

    1971 Fusion entre Clin-Byla et Midy Clin-Byla - Origines de Midy

    1895 Création d'un laboratoire (Paris)

    1718 Fondation de Midy par Léon Midy (Douai)

     

    1968 Fin du partenariat avec Pfizer Clin-Byla

    1970 Inauguration du Centre de recherche (Montpellier) Clin-Byla

    1962 Démentêlement des sections de recherche (Gentilly), (Massy), (Caen) et (Nancy) Clin-Byla

    1962 Intégration d'Aleropia suite au rapatriement d'Algérie des activités de la famille Kieffer Clin-Byla

    1961 Inauguration de l'usine "Opiaramon" (Aramon) Clin-Byla

    Fusion avec les Laboratoires Avril Clin Byla

    Fusion avec les Laboratoires Porcher Clin-Byla

    Partenariat avec Dupharm, Meygi Sax et Ugine-Kuhland Sedapi Clin-Byla

    1954 Organisation du groupe en quatre filiales d'exploitation Clin-Byla

    - Noms des filiales

    Les Laboratoires Clin-Colmar

    Les Laboratoires Byla

    Les Laboratoires Thérapeutique Vétérinaire Lathevet

    La SEPI Société d'Exploitation Industrielle

    1954 Partenariats avec huit laboratoires Clin-Byla

    - Noms des établissements partenaires

    Pfizer Clin via la SIB Société Industrielle de Biochimie (Massy)

    Wyeth Byla

    Searle

    Dufar

    Meigi Seika

    Pharmacia

    Glaxo

    Ugine Kuhlman-Sedaph

    1952 Fondation de la holding Clin-Byla Clin-Byla

    1950 Fusion entre Byla et Comar et Cie Clin et Comar et Cie

    1900 Collaboration des laboratoires Clin et Comar et Cie Clin et Comar et Cie

    - Production de catodylate de soude (Globules Clin)

    1890 Clin devient Comar et Cie Comar et Cie – Laboratoire Cline

    1890 Reprise des Laboratoire Clin par F.Comar Clin

    - Clin

    1891 Fondation des laboratoires Clin (Paris) par F. Clin Clin

    - Byla

    1940 Développement de l'usine de Gentilly pour fournir de la vitamine A au soldats Byla

    1896 Inauguration usine (Gentilly) Byla

    1892 Fondation des Laboratoires Byla (Gentilly) par Pierre Byla Byla

     

    Table des matières

     

    Remerciements 4

    Sommaire 5

     

    Introduction 6

    Du champ de référence à l'objet de recherche 6

    Les hommes de l'industrie pharmaceutique comme vecteur de qualité 10

    Le travail en trois temps : la formation, le recrutement et l'exercice 13

    De la bibliographie comme indicateur d'un champ en friche 15

    Sources méthodes et matériaux 21

     

    I Les processus de qualification au poste d'opérateur en usines de médicaments 26

    1 Des formations et des candidats hétéroclites 26

    Difficulté de conversion du savoir technique en capital légitimé 27

    Les tentatives d'encadrement historiques des opérateurs par l'institution scolaire 29

    2. L'offre de formation historique 31

    L'effet paradoxal des diplômes : de l'activité artisanale à l'exercice d'un savoir coupable 31

    L'industrie pharmaceutique une voie royale pour les CAIC 33

    3 Offre de formation en marge du CAIC : de l'initiative locale au salon national 36

    L'offre CAIC en héritage de l'implantation historique des sites industriels 36

    La région Provençal en retrait de l'activité de production de médicaments 38

    La réalité industrielle actuelle en héritage des adaptations successives des groupes 38

    Les opérateurs de production comme élément irréductible du dispositif industriel 42

    Une offre de formation en cours de diversification 43

    Le modèle original des formations développées par le truchement de Contaminexpo 44 Visite à l'édition 2009 du Salon de la décontamination "Contaminexpo" 45

    Le chemin du centre de formation pour devenir un CAIC 49

     

    II L'étape du recrutement par le travail intérimaire 53

    1 Les parcours comme supports de recrutement pour les employeurs 53

    Le rôle d'opérateur : exposé aux risques spécifiques de l'environnement industriel 53

    De l'intervention étatique des CAIC à l'éclatement des carrières d'opérateurs 56

    L'urbanisme sécurisé comme ultime élément de mobilité des usines de production 58

    L'usine historique Arkema de Château-Arnoux devenue une étrangère 58

    L'exemple de l'usine Sanofi Aventis d'Aramon : l'illusion d'un bastion historique 59

    Le modèle des multifirmes, une alternative aux sites de production historiques 60

    Carrières croisées : de Auguste à Mohammed deux générations de CAIC 62

    Le parcours recomposé de Auguste C. : de la mine à l'usine chimique 63

    La modernisation à marche forcée de l'industrie comme co-constructeur des carrières 65

    L'adaptation du tissu industriel entre modernité et désaffiliation des individus 67

    La perte de valeur des sites historiques face aux atouts des espaces occupés à discrétion 69

    L'exemple du site Arkema de Carling, une plate-forme industrielle en leasing 70

    2. Un exemple de recrutement devenu courant : le cas des intérimaires 72

    Le recours à l'intérim entre nécessité de terrain et vérité sociologique 73

    Le rituel du travail intérimaire au service des industriels comme analyseur 75

    3 Les petites annonces, un paravent de la sous-traitance systématique des postes d'opérateurs 81

    L'offre de poste d'opérateurs en usines pharmaceutique : un marché réservé 81

    Le prestige de l'industrie pharmaceutique dépassé pour les opérateurs intérimaires 83

    Les industriels aidés par l'Etat recompose une main d'oeuvre mobile 84

    Le travail intérim solution pour les industriels de s'extraire des cycles de production historique 86

     

    III .Les parcours d'usines prenant le pas sur les trajectoires individuelles 89

    1 Des parcours rectilignes devenus atypiques 91

    Parcours de l'usine Servier de Gidy 93

    Parcours de l'usine de Solvay, Chatillon-sur-Chalaronne 93

    Parcours de l'usine Schering Plough de Hérouville-Saint-Clair 94

    2 Le cadre de l'usines utilisé comme plate-forme temporaire d'activité 95

    Parcours de l'usine NextPharma à Limay 95

    Parcours de l'usine Arkema de Jarrie 96

    Parcours de l'usine Pierre Fabre deMarseille, 97

    Parcours de l'usine Bristol-Myers Squibb de Epernon 98

    3 .L'opérateur de production : de l'apothicaire à l'intérimaire 99

    Des groupes industriels à taille humaine survivants en bonne santé 100

    Les opérateurs, des accessoires indispensables mais abondant 102

    Conclusions 104

     

    Bibliographie 111

    Sitographie 113

    Bréviaire des acronymes et sigles 114

    Annexe Parcours historiques d'usines 149

    Annexe Des laboratoires Clin et Byla au groupe Sanofi 151

    Sommaire (ici)

     

     

     



    [1]Barbarin Georges, Le scandale du pain, Paris, Gérard Nizet, 1956, pp. 66-76. Il s'agit d'une intoxication alimentaire déclenchée à partir du 7 août 1951 à la suite de mauvaises conditions du stockage de céréales et contractée à l'occasion de la consommation de pains issus de la boulangerie Briand située à Pont-Saint-Esprit. Cet accident a entraîné le décès de sept personnes et l'hospitalisation ou l'internements de vingt autres, tous habitant de la commune de Pont-Saint-Esprit.

    [2]Chauveau Sophie, "Genèse de la sécurité sanitaire : les produits pharmaceutiques en France aux XIXe et Xxe siècles", Revue d'histoire moderne et contemporaine, n°51-2, 2004, pp. 88-92. Cette loi est la première forme étatique d'encadrement des substances distribuées à des fins de soins médicaux.

    [3]Chauveau Sophie,loc. cit., p.146.

    [4]Comme dans le cadre de la construction des usines de Schering Plough à Hérouville-Saint-Clair ou de celle de l'usine Mayoly-Spindler à Dammarie-les-Lys.

    [5]La ville de Chatillon-sur-Chalaronne lieu d'établissement de l'usine phare du groupe Solvay est classée station verte. La ville de Limay qui accueil un important site de production du groupe NextPharma a acquit le statut de "ville porte du Parc régional du Vexin".

     


     


    [1]Code du travail, loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008, Article L1254-3.

    [2]Consulter le corpus de petites annonces en annexe n°2 et n°3.

    [3]Sur un échantillon de 78 annonces, 24 apportent une précision sur le nom de l'employeur final du candidat et 54 ne comportent que des coordonnées impersonnelles ou le contact d'une agence d'intérim. Voir les annexes n°2 et 3.

    [4]S. Muller, "Le dilemme de l'industrie pharmaceutique : quand les salariés mobilisent la santé publique contre les dérives productivistes", [on line] , www.univ-nancy2.fr/digitalAssets/51730_Muller_Dilemme_pharma.

    [5]Voir en annexe n°5 quelques détails sur ces groupes.

    [6]Le groupe Brothier basé à Nanterre et à Fontevreau spécialiste de la production d'implants employait 7 salariés en 2007 et était dirigé par Jean-François Brothier et Jean-Marc Brothier.

    [7]Le groupe Pierre Fabre basé à Castre employait 9500 personnes au 31 décembre 2008.

    [8]Le groupe Ipsen basé à Paris employait 3886 personnes au 31 décembre 2008.

    [9]Voir en pages suivante les détails du parcours de l'usine de Chatillon-sur-Chalaronne, siège du groupe Solvay;

    [10]La commune de Gidy est située dans le département du Loiret et comptait 1482 habitants en 2008.

    [11]Le groupe Servier a investit 25 % du chiffre d'affaire dans la recherche et le développement entre 2000 et 2009.

    [12]Châtillon-sur-Chalaronne est une commune située dans l'Ain qui comptait 5 179 habitants en 1999.

    [13]Station verte est un label touristique créé en 1964 par la Fédération des stations vertes. Celle-ci propose aux communes d'obtenir un agrément moyennant un engagement conséquent en matière d'environnement.

    [14]Hérouville-Saint-Clair est une commune située dans le département du Calvados , celle-ci comptait 23 992 habitants en 1999.On notera que la construction de la ville nouvelle par une loi ZUP en 1963 sur le territoire d'un bourg : Hérouville-Saint-Clair a entraîné un accroissement fulgurant de la population. En effet, de 1784 habitants en 1964 la population est passée à près de 24 000 habitants en 1975.

    [15]L'unité de recherche du groupe Schering Plough basée en banlieue lyonnaise à Dardilly a été démantelée en 2004 occasionnant la destruction de 97 emplois.

    [16]La commune de Limay est située dans le département des Yvelines, celle-ci comptait 16 005 habitants en 2008.

    [17]NextPharma est un groupe anglais qui compte 1300 employés à travers le monde au 1 ier janvier 2009.

    [18]La commune de Jarrie est située dans le département de l'Isère et comptait 4009 habitant en 1999.

    [19]Les résultats de cette étude menée par la société Antea pour le compte du Ministère de l'Ecologie et du développement durable à propos de l'état de pollution du site de Jarrie - et notamment des sols ayant abrités les installations les plus anciennes – sont disponible sur la base de données institutionnelle du BASOL.

    [20]La commune d'Epernon est située dans le département de l'Eure-et-Loire et comptait 5498 habitants en 2008.

    [21]Xerfi est un cabinet d'étude spécialisé dans les audits de groupes ou de secteurs d'activité.

     



    [1]J. Bastié et B. Dézert, La ville, Paris, Masson; 1991.

    [2]Les Houillères de Provence ont été rattachées au secteur minier du Centre en 1969 et l'ensemble est devenu : les Houillères de bassin du Centre et du Midi. Avec la plupart des gisements français de charbon du sud, les Houillères de Provence ont été nationalisées en 1946. L'activité, intense un temps, a rapidement chutée à partir de 1970. L'état-entrepreneur hésite alors entre une politique d'investissement et un retrait pur et simple de l'activité. La deuxième voie est retenue. La fermeture des sites est scellée par un texte entériné le 21 octobre 1994 dit " pacte charbonnier". Ce protocole, passé entre l'état-patron et l'ensemble des organisations syndicales, comprend l'arrêt de l'activité d'extraction de charbon tout en maintenant sous la forme d'une mise en retraite, le salaires des hommes devenus d'anciens mineurs. Le dernier puits compris dans le secteur des Houillères de Provence et resté en exploitation est le puits Z, celui-ci est situé sur la commune de Gardanne. L'activité de ce site a cessée définitivement en 2003.

    [3]T. Cauen, "Arkema, symbole de l'histoire industrielle de Château-Arnoux", La Provence, 10 janvier 2007.

    [4]X, "L'avenir de Silpro se décide demain", La Provence, 22 juillet 2009.

    [5]Silpro regroupe un consortium d'investisseurs composé des groupes Econcern, Photon Power Technologie et Norsum réunis par ce projet dans le but de construire la plus grande usine au monde de fabrication de silicium.

    [6]Consulter en annexe n°4 l'histoire du groupe Clin-Byla.

    [7]AZF signifie Azote Fertilisants. Ce complexe, installé depuis 1921sur près de 70 hectares au sein de la commune de Toulouse, était une des filiales du groupe Atofina. L'usine était spécialisée dans la production de nitrate à destination des secteurs agricoles et industriels.

    [8]L'accident industriel au sein d'AZF sous la forme de l'explosion d'un stock de nitrate a eu lieu le 21 septembre 2001 occasionnant le très lourd bilan établi à 30 personnes décédés et 2500 personnes blessés.

    [9]Le site internet "Copains d'avant" est édité par le groupe français Benchmark Group spécialisé dans l'édition de contenu en ligne. Ce groupe propose notamment de rechercher les anciens membres des classes fréquentées durant le parcours scolaire. De la sorte, en entrant le terme CAIC dans le moteur de recherche inclus dans le site nous obtenons une liste d'établissements professionnels associés à une contingence d'individus. On notera comme autre ressource intéressante le site "Liens internautes" édité par le même groupe qui toujours sur un principe de mise en groupe, prend comme élément de référence non plus les sites de formation mais les sites de travail. Ce type d'outils sans représenter une source exclusive de données pour notre recherche nous permet d'appréhender certains aspects du champ investigué et en sus de nouer des contacts auprès de certains membres de ce champ par l'échange de courriels.

    [10]Les renseignements composant les parcours et les fiches de présentation des individus disponibles sur les communautés de mise en relation sont fournies, à la façon d'un curriculum vitae par le public lui-même.

    [11]Jacqueline Marrel, "La vie municipale à Saint-Avold de 1848 à 1879: une ville légitimiste qui accompagne le changement", Le cahier du pays Naboriens, n°20, oct. 2006. L'appellation Carling utilisée par Arkema pour désigner son usine basée à Saint-Avold est utilisée depuis 1994 année où le groupe Elf-Atochen a pris le contrôle du site. On notera que le site de Carling, devenu une zone industrielle accueillant des établissements classés SEVESO est une ancienne zone de prospection minière charbonnière exploitée à partir de l'ouverture du puits Max aux alentours de l'année 1870.

    [12]J. Ousset, "La multifirme", Revue économique, vol. 15, n° 4, 1964, pp. 567-644.

    [13]Ibid.

    [14]Ibid.

    [15]A l'occasion d'une enquête précédente à propos de l'activité de répartiteur de médicaments, nous avions pu constater la fréquence des changements d'enseignes dans ce type d'activité.

    [16]Plaquette "Arkema Site industriel de Carling Saint-Avold", réalisée par Arkema, mars 2006.

    [17]La société Ugine est un héritage des premières forges françaises. Ugine est crée en 1724 à Gueugnon, une localité situé au nord de Lyon. Le groupe est alors déjà spécialisé dans la production d'acier. Un temps intégré au groupe Ugilor, le groupe fort de plusieurs aciéries devient en 1991 par fusion avec le groupe Sacilor le Groupe Ugine S.A. En 1995 le mariage est consommé, la société Ugine devient une simple division du groupe Usinor-Sacilor par un mécanisme de fusion-absorption. Enfin, en 2002 la fusion du groupe avec Aceralia donne naissance au groupe Arcelor lui-même fusionné au groupe Mittal Steel en 2006. Cette dernière opération consacre l'existence du groupe actuellement leader mondial de la production d'acier : Arcelor Mittal.

    [18]La Société des Produits Azotés disposait de nombreux sites spécialisés notamment dans la production d'électricité via un réseau de centrales hydroélectriques et dans la production de produits chimiques tels que le carbure de calcium, le chlorure de vinyle ou encore les produits dérivés de fluorine via un réseau d'usines.

    [19]Voir à propos de cette usine les précisions en pages85.

    [20]La zone d'activités de Carling abritent également une usine du groupe Total Petrochemicals pareillement active dans le secteur de la pétro-chimie. Le 15 juillet 2009 à 15h15 un accident s'est produit dans cet établissement au moment du redémarrage d'un vapocraqueur arrêté à la suite à d'une vagues d'intempéries. Cet accident industriel a entraîné le décès de deux ouvriers de l'usine et a occasionné des blessures à six autres – d'après le communiqué de presse du groupe Total mis en ligne le jour même : www.total.com/fr/press .

    [21]Les acrylates moins complexes que les méthacrylate interviennent dans la fabrication de nombreux produits tels que les peintures, les vernis, les encres ou encore les colles.

    [22]Le site Arkema de Carling fait l'objet d'un positionnement en classe 2 selon l'indice Seveso.

    [23]L'acronyme MAM signifie Méthacrylate de méthyle.

    [24]X, "Arkema annonce la suppression de 239 postes", La Tribunes, 26 juin 2009, également : X, "Toute une filière de production sacrifiée chez Arkema",Le Républicain lorrain , 11 août 2009.

    [25]Voir l'intégralité du document en annexe.

    [26]Le nom exact de l'agence d'intérim a été modifié.

    [27]Cette liste de documents photocopiés à fournir est destinée à toutes les personnes désirant effectuer des missions intérimaires par l'entremise de cette agence d'intérim. La liste comprend les documents suivants : une photocopie d'une pièce d'identité, d'un certificat de domicile, d'une attestation d'affiliation à la Sécurité sociale, des diplômes obtenus et d'une photocopie des certificats de travail éventuellement détenus.

    [28]Les feuilles d'heure constitues un document-type émis par l'agence d'intérim pour consigner les heures de travail effectuées. Les heures sont indiquées par un cadre d'Oblyxe. Le principe de la feuille d'heure est utilisé dans la plupart des agences d'intérim. Ce type d'outil traduit une forme de délégation de l'encadrement, de la gestion des employés de la part des entreprises utilisatrices de personnels intérimaires - souvent en permanence - envers les agences de travail intérimaire.

    [29]Dares (2004), "Les expositions aux risques professionnels par secteur d'activité économique – résultat de Summer 2003", à paraître. Cette étude est réalisée conjointement par les services de l'Inspection médicale du travail et par le DARES Direction de l'Animation et de la Recherche des Etudes et des Statistiques dans le but d'établir une cartographie de l'exposition des salariés aux risques professionnel. On notera que selon le DARES, 14.7 % du total des salariés en France était au contact de produits solvant en 2004 et 9,5 % au contact de produits tensio-actif .

    [30]A propos du terme "certificat de travail" nous remarquons l'usage de l'appellation "certificat de mission" comme synonyme par les membres du personnel de nombreuses agences d'intérim et par le personnel intérimaire lui-même.

    [31]Le site internet Jobintree propose au 16 mars 2009 13 012 offres d'emplois pour la zone France organisées autour de douze rubriques libellées comme suit : Informatique télécom, Commercial distribution, Banque assurance compta et achat, Juridique RH et formation, Santé et sociale, Restauration tourisme et loisir, Transport et logistique, Bâtiment TP, Industrie, Artisanat, Assistant(es) hôtes(ses) et Marketing com et création.

    [32]Les entreprises de travail intérimaire les plus citées dans les annonces de postes d'opérateur sur le site Trovit sont, par ordre croissant : Manpower, Addeco, 1 taf, Taga scientifique, Kelly scientifique et 1000 un services.

    [33]Pôle Emploi a été créé le 19 décembre 2008 par une fusion de l'ANPE et des ASSEDIC organisée sous la houlette de Madame la Ministre de l'Emploi : Christine Lagarde. Il existe au 1 ier janvier 2009 1608 agences Pôle Emploi réparties à travers le territoire.

    [34]Texte tiré du corpus d'annonces d'offres d'emploi constitué et disponible en annexe n°3.

    [35]Le Code du travail par la loi n° 2008-67 du 21 janvier 2008 régit le fonctionnement du travail intérimaire en imposant notamment des restrictions pour les employeurs en terme de recours à l'intérim et une souplesse maximum des relations entre salariés et employeurs qui contrairement aux conditions de travail classiques peuvent être rompues d'une semaine sur l'autre en toute légalité.

    [36]Le nombre d'agences intérim en France au 1 ier janvier 2009 était de 4877 dont pour le groupe Manpower 1061 agences, Adecco 1021, Védiorbis 694. L'année 2008 a été marqué par un recul du nombre d'agences d'intérim interprétable d'une part comme une chute de l'activité intérim et d'une autre part, à l'image des agences de voyage, comme un processus en cours de virtualisation d'une partie des activités de la profession.

    [37]J.-J. Féral, "Château-Arnoux Chimie Arkema : soixante-treize postes vont disparaître", Le Dauphiné Libéré, 28 septembre 2008.

     



    [1]Orientation après la classe de 3ème, Ministère de l'éducation nationale Direction de la pédagogie des Enseignements Scolaires et de l'Orientation, Janvier 1969.

    [2]E.-C. Hugues, Le regard sociologique, Paris, EHESS, 1996, p. 87.

    [3]Le groupe Catalent est américain, celui-ci basé à Somerset dans l'état du New-Jersey aux Etats-Unis a été créé en 2007. Ce groupe est spécialisé dans la production industrielle de médicaments.

    [4]Voir la liste des lycées professionnels proposant la filière CAIC en annexe n°1.

    [5]Chauveau Sophie, op. loc., p. 10.

    [6]Ces périodes comprises entre trois et cinq ans correspondent au temps nécessaire à l'invention du médicament puis à la phase de tests randomisés obligatoires pour recevoir de la part de l'AFSSAPS l'AMM – autorisation de mise sur le marché – qui permet de proposer les produits en qualité de médicaments sur le marché français.

    [7]Les plus grandes fusions-acquisitions à ce jour réalisées sont, d'ans l'ordre décroissant et en milliards de dollars : en 2000, Vodafone/Mannesmann 203 – télécoms, 2001 AOL/Time Warner 182 – médias, 2008 BHP Billiton/Rio Tinto 147 – mines, 2006 ATT/BellSouth 89 – télécoms, 2000 Pfizer/Warner-Lambert 89 – industrie pharmaceutique, 1999 Exxon/mobil 85 – pétrole, 2000 Glaxo Wellcome/SmithKline Beecham 79 – industrie pharmaceutique, et en 1998 Travelers/Citicorp 73 – finance. Dans ce classement on observe la présence de deux groupes membre de l'industrie pharmaceutique au côté de groupes appartenant au secteur des médias, des télécoms ou encore pétrolier.

    [8]B. Guannel, A. Moreau, C. Plateau et R. Viatte, "L'industrie pharmaceutique : sur les chemins difficiles de l'internationalisation", le 4-Pages, Sessi, 2004.

    [9]Ibid

    [10]Ibid

    [11]L'acronyme CACES signifie Certificat d'Aptitude à la Conduite en Sécurité. La validation de cette formation est obligatoire depuis 1988 pour la conduite d'engins de transport spécifiques comme les chariots-automoteurs – CACES 1 Transpalette, CACES 2 Chariot-tracteur de moins de 6 tonnes, CACES 3 Chariot-élévateur de moins de 6 tonnes, CACES 4 Chariot-élévateur de plus de 6 tonnes et CACES 5 Chariot-élévateur à mât rétractable.

    [12]L'acronyme PEMP signifie Plate-forme Elévatrice Mobile de personnes . La validation de cette formation donne le droit de piloter des plates-formes élévatrices, il existe trois niveaux de PEMP 1, 2 et 3.

    [13]BPF, cet acronyme correspond à la suite de termes : Bonnes Pratiques de Fabrication dont l'essentiel est annexé en partie cinq du Code de Santé publique. Il s'agit d'une série de règles visant à normaliser les conditions de fabrication des médicaments notamment en terme d'hygiène des locaux et du personnel. On peut rapprocher ce concept légal des prescriptions comprises dans "La marche en avant". Cet ensemble de règles est appliqué dans le secteur de la restauration et a été également développé dans le but d'améliorer les conditions de fabrication des produits et à travers cela de garantir un haut degré d'intégrité pour ces derniers.

    [14]Intitulé de stage non-diplômant proposé par Serfa, un organisme basé en Alsace et spécialisé dans le secteur de la formation professionnelle.

    [15]Voir dépouillement des annonces d'offres d'emplois en annexe n°2.

    [16]Le salon Contaminexpo est organisé chaque année depuis 1998 durant le mois de mai par l'ASPEC : Association de Prévention et d'Etude de la Contamination. Cette organisme créé en 1971, est une association - selon la loi de 1901 - qui regroupe 900 membres pour la plupart des professionnels issus des secteurs de la chimie, médical, pharmaceutique ou encore nucléaire.

    [17]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours au 11ème Salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [18]Ibid

    [19]Le nombre de stands était de 127 pour l'édition 2009 du Salon Contaminexpo.

    [20]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours du 11ème salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [21]Ibid

    [22]Ibid

    [23]Groupe spécialisé dans la distribution de matériel à destination de l'industrie pharmaceutique comme des salles propres, des filtres ou encore des équipements de protection individuelle.

    [24]Notes de terrain issues du journal de terrain constitué à l'occasion d'une visite sur deux jours du 11ème salon de la décontamination "Contaminexpo" organisé par l'ASPEC au Parc des expositions Parisis à Paris les 3 et 4 mars 2009.

    [25]Ibid

    [26]Les effectifs sont donné par l'organisateur du salon et calculés sur la base de 3012 visiteurs badgés pour l'édition 2009.

    [27]Sur 100 visiteurs au Salon Contaminexpo 2009, 26% étaient des directeurs de production, 14% des chargés d'affaires, 13% des responsables de projet, 13 % des technico-commerciaux, 12% des techniciens, 6% des responsables Travaux, 5% des responsables qualité, 4% des pharmaciens et 3% des ingénieurs en maintenance.

    [28]Sur 100 visiteurs au Salon Contaminexpo 2009, 35% étaient issus du secteur Industrie pharmaceutique cosmétique, 12% Etablissement de santé, 10% Biotechnologie, 10% Dispositifs médicaux, 10% Divers, 6% Industrie chimique, 6% Agro-alimentaire, 5% Industrie électronique, 3% Traitement des surfaces et 3% Nucléaire.

    [29]Asta-Médica est un groupe pharmaceutique absorbé par le groupe belge Viatris, lui-même absorbé par le groupe suédois Meda. Ce groupe possède en 2009 trois sites de production / Mérignac (F), Cologne (D) et Decatur (USA) et est notamment spécialisé dans la production de traitement des affections cardiaques et en dermatologie.

     



    [1]L'organisation ISO – Organisation Internationale de Normalisation - édicte de nombreuses normes dans des champs d'application très différents. Cette organisme basé en Suisse regroupe au sein d'un conseil des clients adhérents et des experts techniques. Les normes commandées ou proposées ont pour fonction de formaliser des activités au sein d'espaces sociaux spécifiques. Le respect de la norme édictée représente alors une valeur sécuritaire, une plus-value parfois obligatoire pour accéder à certains marchés. A propos de la production de médicaments, l'organisation ISO propose de nombreux supports, qu'ils s'agissent de normes en matière de matériels comme en matière de processus ou de définition des postes de travail. La publication de la norme ISO 15378:2006 par ISO en 2006 correspond à la traduction normative des Bonnes Pratiques de Fabrication. A ce propos, Jürgen Thürk animateur au sein du groupe de travail "industrie pharmaceutique" chez ISO, décrit ainsi cette nouvelle référence normative : "La norme est d'une importance vitale pour l'industrie pharmaceutique et ses fournisseurs de matériaux d'emballage primaire. Pour la première fois, les principes de bonnes fabrication sont spécifiées dans le cadre d'une norme ISO".

    [2]Selon la norme IS0 9001 - V2000.

    [3]Chauveau Sophie, "Les origines de l'industrialisation de la pharmacie avant la première Guerre mondiale", Histoire économie et société, vol. 14, 1995. Jusqu'au milieu du 19ème siècle, la fabrication des préparations est assurée par l'apothicaire ou par des aides apothicaire, du reste le processus reste artisanale, le plus souvent officines et ateliers sont confondus.

    [4]Chauveau Sophie, loc. cit., p.9.

    [5]E.-C. Hugues,Le regard sociologique, Paris, EHESS, 1996, p. 64.

    [6]Le Ministre de l'intérieur, M. Brice Hortefeux répondant à un député, à l'occasion d'une séance de question d'actualité au gouvernement au Sénat le 11 juillet 2009 – n° 0352G de M. Jean Milhau à M. Brice Hortefeux - , a évoqué l'achat par la France de "94 millions de doses de vaccin, le tout pour un montant de un milliard d'euros, auprès de trois laboratoires pharmaceutiques". La quantité de vaccin commandée permet de traiter les deux-tiers de la population française dans la mesure où deux doses sont nécessaires pour vacciner un individu. Le nom de ces trois groupes n'est pas précisé dans le communiqué de monsieur le Ministre. Il s'agit des groupes pharmaceutiques Sanofi, GlaxoSmithKline et Novartis.

    [7]E.-C. Hugues,Le regard sociologique, op. cit.

    [8]Chauveau Sophie, loc. cit., p. 10.

    [9]F. Veldago est Maître de conférences en Sociologie et directeur scientifique de la revue Sociologie Santé.

    [10]J.-P. Dupuy et S. Karsenty, L'invasion pharmaceutique, Paris, Seuil, 1974.

    [11]P. Urfalino, Le grand méchant loup pharmaceutique Angoisse ou vigilance ?, Paris, Textuel, 2005.

    [12]La base CODECS réunie un fond d'articles – 820 articles au 1ier janvier 2009 – autour du thème "l'évaluation économiques des actions de santé en France". Dans le cadre de cette entreprise, l'état par l'entremise de l'INSERM est associé aux groupes membre : Bayer Pharma, Canam, Fournier, Glaxo, Merck, Novartis, Pfizer, Roche, Sanofi-Aventis, Servier, Smith Kline Beecham – cette liste n'est pas exhaustive.

    [13]INSERM Institut National de la Santé et de la Recherche médicale a été créé en 1964 pour succéder à l'INH Institut National d'Hygiène lui-même fondé EN 1941. L'INSERM dépend du Ministère de la Santé et de la Recherche.

    [14]Le portail internet de l'INSERM propose une rubrique titrée "Qu'est-ce que l'INSERM" contenant une définition du rôle de cette institution : "l'INSERM travaille à améliorer la santé humaine".

    [15]Le catalogue de la FNAC comporte 449 références d'ouvrages traitant des médicaments.

    [16]Les auteurs des sept meilleurs ventes d'ouvrages à propos des médicaments à la FNAC en juillet 2009 sont : Histoire et médicaments au XIXème et XXème par Christian Bonnah (médecin) et Anne Rasmusen (historienne), En finir avec le cholestérol et les kilos en trop par Michel Lebel (écrivain), Le sport est un médicament bio par Gilles Orgeret (kinésithérapeute), Par où passe le médicament de Eric Ezan (biologiste), Initiation à la connaissance du médicament par Jean-Marc Aiache (pharmacien), Du chocolat médicament ou gourmandise ? Par G. Galindo (doctorante en ressources humaines) et Le médicament entre science et magie par J.-P. Buydens (physicien).

    [17]Séverin Muller sociologue est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles à propos du travail au sein des abattoirs notamment le titre récent : A l'abattoir, Paris, MSH Quae, 2008.

    [18]On peut citer notamment la revue Architecture méditerranéenne n°55 du mois de juin 2001 en parti consacrée aux usines pharmaceutiques ou encore la revue Architecture Aujourd'hui qui propose régulièrement des numéros hors-série à propos de l'architecture industrielle et notamment à propos des usines de fabrication de médicaments.

    [19]Le terme assemblage désigne la phase de fabrication des médicaments par le mélange, l'assemblage de différents produits sous une forme définie – gélule, cachet, ampoule, gel ou spray.

    [20]Code du travail article L. 122-33. 


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